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DÉCEMBRE 2016

Coup de Mistral en Mer Egée

par Pascal TRAN-HUU

La non livraison de bâtiments de guerre, par le pays les fabriquant à un pays client, a connu, il y a quelques mois, un nouvel épisode avec l’affaire des « Mistral » qui n’était pas sans rappeler l’affaire des vedettes de Cherbourg. En la matière, la France n’est pas la seule à avoir agi de la sorte si on veut bien se souvenir de l’affaire des cuirassés turcs…
A la fin de la Guerre des Balkans, guerre qui a remodelé cette partie de l’Europe avant 1914 (Traités de Londres puis de Bucarest en 1913), la Turquie était dirigée, de fait, par un trio de dirigeants issus des rangs du parti nationaliste révolutionnaire « Jeunes Turcs » : Enver Pacha, ministre de la Guerre, 33 ans en 1914, Djemal Pacha, ministre de la Marine, (qui était à moitié grec) 41 ans et Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur, 42 ans. 
Djemal PACHA avait invité une mission d’assistance britannique, commandé par le contre-amiral Sir Arthur H. Limpus, dans le but d’aider la marine à se moderniser. Enver Pacha était, lui, un grand admirateur de l’Allemagne, pays dans lequel il avait été attaché militaire, et c’est tout naturellement qu’il avait demandé l’assistance d’une mission militaire allemande dirigée par le général prussien Otto Liman von Sanders. Les deux missions étaient presque aussi importantes l’une que l’autre.
En 1913, les Turcs souffraient de leur défaite consécutive aux guerres balkaniques. Le conflit avec la Grèce pour les îles de la mer Égée était toujours en cours. Les Turcs étaient déterminés à renforcer leur présence navale dans la mer Egée et, pour ce faire, à acheter des cuirassés d’autant que, les Etats-Unis avaient vendu aux Grecs deux navires modernes, l'Idaho et le Mississippi (lire, à ce propos, l’article paru dans la livraison de « L’Impartial » du 24 juin 1915). 
Suivant les conseils de la mission britannique, la marine ottomane commanda deux cuirassés aux chantiers navals Vickers et Armstrong Whitworth. Le Sultan Osman I et le Reshadieh étaient des bâtiments parmi les plus puissants de l’époque et leur achat avait été financé grâce à une souscription nationale qui connut un succès phénoménal quand on songe que les femmes avaient vendu leurs bijoux et les écoliers donné leur argent de poche, pour y contribuer.
Début juillet 1914, 500 marins turcs se trouvaient au Royaume-Uni pour prendre en charge les deux navires, instruments de puissance face aux Grecs en mer Égée et aux Russes en mer Noire, principe auquel était hostile Winston Churchill.
Le 27 juillet 1914, à la faveur des bruits de bottes sur le Continent, le « First Lord of the Admiralty » se demanda s’il n’était pas opportun de saisir les bâtiments turcs pour équiper la Royal Navy (« In case it may become necessary to acquire the 2 Turkish battleships that are nearing completion in British yards. »
Le 29 juillet, Raouf Orbay (dans le médaillon) et ses 500 marins, avertis des intentions de Churchill, tentèrent de prendre les navires pour les rapatrier. Churchill donna alors l’ordre à l’armée britannique de protéger ces deux cuirassés et d’empêcher, y compris de manière coercitive, les Turcs d’y hisser leur drapeau ce qui en aurait fait, selon le droit international, des territoires ottomans. Le 31 juillet, le gouvernement britannique se rangea à l’avis du Premier Lord de l’Amirauté et fit saisir les deux bâtiments, déjà payés par les Turcs, qui furent rebaptisés Agincourt et Erin.

Le HMS AGINCOURT


Le HMS ERIN


Le 2 août 1914, les Turcs, furieux, signèrent un traité avec les Allemands qui stipulait, entre autres, que la mission militaire allemande aura une « influence effective » sur les opérations des armées ottomanes mais, également, que les forces allemandes pouvaient passer sur le territoire ottoman pour atteindre les territoires sous contrôle britannique.
A Berlin, le gouvernement allemand décida d'envoyer la flotte de la Méditerranée, qui était composée du Gœben et du Breslau, sous le commandement du contre-amiral Wilhelm Souchon, avec pour mission d'attaquer les convois de troupes entre l'Algérie et la France. Le 4 août, à l'aube, il bombardait Bône et Philippeville…

P. T.-H.

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