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SEPTEMBRE 2017

La Médaille Pierre de Coubertin : la plus prestigieuse médaille olympique

par Olivier MENUT

Tout le monde, ou presque, connait Charles Pierre de Fredy, baron de Coubertin né le 1er janvier 1863 à Paris et mort le 2 septembre 1937 à Genève (Suisse). Ce brillant élève des Jésuites - dont la famille était d’origine italienne, fut anoblie au XIV° siècle et fait baron au XIX° - se destinait au métier des armes. Mais, il se tourna finalement vers les Sciences Politiques et fit son droit. Très influencé par la culture sportive des lycées anglo-saxons, il milita en France pour l'introduction du sport dans les établissements scolaires. Il fit sienne alors la devise du Père Didon, prieur du collège d’Arcueil « Citius, Altius, Fortius » qui signifie « plus vite, plus haut, plus fort », pour en faire la devise olympique de jeux rénovés.

En 1892, arbitrant, la finale du premier championnat de France de Rugby, il dessine et offre le trophée de l'épreuve, le fameux bouclier de « Brennus » du nom du président du Sporting Club Universitaire de France, Charles Brennus. En 1894, Pierre de Coubertin va finalement fonder la grande œuvre de sa vie : le Comité International Olympique, dont il sera le président de 1896 à 1925. Il sera également le fondateur en 1912 des scouts laïcs, dit 

« Eclaireurs Français » et s’installera en Suisse à Lausanne à partir de 1915, où il mourra, ruiné, d’une crise cardiaque à Genève, âgé de 74 ans après une vie sommes toute bien remplie mais qui lui couta sa fortune.

Affiche des premiers Jeux Olympiques modernes de 1896 et photo du premier Comité Olympique. (Pierre de Coubertin est sous la croix rouge)


RÉCOMPENSÉ PAR TOUS, SAUF LA FRANCE

Pour l’anecdote, on notera que le baron de Coubertin fut distingué des plus grands ordres européens, mais jamais d’une seule distinction française, sa vision du sport entrant en opposition directe avec la vision officielle et plus républicaine d’une « éducation physique militaire », telle que prônée en France depuis la fin du XIX° siècle ! Il fut toutefois récompensé des ordres suivants qui sont conservés au musée international Olympique de Lausanne : 


UN PENTATHLON DES MUSES !


Médaille d’Or de Littérature JO 1924
Ce que peu savent en revanche, c’est que Pierre de Coubertin, fut lui-même médaillé olympique. En effet, sous les pseudonymes de M. Hohrod (en langue française) et de M. Eschbach (en langue allemande) il se présenta et fut nommé champion olympique, et même médaillé d’Or, en littérature, aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, pour son poème en prose, intitulé « Ode au Sport ». Il faut rappeler en effet que les premiers jeux comportaient également des disciplines artistiques. Dans son idéal du « mens sana in corpore sano », le Baron qui a écrit plus de 1.450 ouvrages et articles dans sa vie, avait également imaginé un « Pentathlon des Muses » qui décernerait des médailles dans cinq domaines artistiques : Peinture, architecture, musique, sculpture et littérature, en plus des disciplines purement sportives ! Les disciplines artistiques disparurent du programme olympique en 1954 pour cause de professionnalisme des artistes.

Enfin, avant d’en terminer sur la rapide présentation de ce singulier personnage – sur lequel il y aurait tant à dire tant sa personnalité était riche et ambiguë – nous rajouterons, qu’il n’aurait jamais prononcé la fameuse phrase : « L’important est de participer », devise somme toute, fort peut athlétique, mais aurait repris lors d’un cocktail à Londres en 1908, les mots de l’Évêque de Pennsylvanie : « L’important aux Jeux olympiques n’est pas d’y gagner, mais d’y prendre part, car l’essentiel dans la vie n’est pas tant de conquérir que de bien lutter ». Quoi qu’il en soit, les Jeux Olympiques que le Baron réinventa, tentèrent – à l’origine – d’installer un certain idéal humaniste autour du sport, même si nous ne devons pas être naïfs et reconnaitre que de nos jours des contingences beaucoup moins nobles habitent certains sportifs et nations…


LA MÉDAILLE DE LA SPORTIVITÉ

Mais l’objet de notre article porte sur un tout autre sujet. En effet, de toutes les médailles d’or, d’argent ou de bronze, que les athlètes olympiques peuvent rapporter des jeux éponymes, il en existe une, fort peu connue du grand public, qui récompense des mérites tout à fait particuliers et méritants : Il s’agit de la « Médaille Pierre de Coubertin » ! Cette distinction est en effet la récompense ultime des Jeux. Baptisée du nom du fondateur des jeux olympiques modernes, elle est destinée aux sportifs ayant le véritable esprit olympique et incarnant le mieux, les valeurs olympiques de la sportivité, de l’équité et de la décence ...

La médaille de Coubertin, aussi appelée « médaille de la sportivité » est un prix qui est donné par le Comité International Olympique (CIO) aux athlètes ayant démontré un vrai esprit sportif lors des Jeux olympiques. La récompense a été inaugurée en 1964 et est nommée ainsi en l'honneur du baron Pierre de Coubertin, fondateur du Comité international olympique. Peu distribuée depuis son introduction en 1964, elle récompense – par exemple - des athlètes qui ont prêtés leurs équipements aux membres d’équipes rivales, en sauvant un participant de la noyade, en aidant un concurrent qui s’est blessé, etc… Selon le musée olympique situé à Lausanne, « cette médaille est l'un des honneurs les plus nobles qui peut être conféré à un athlète olympique ». Elle est considérée par beaucoup d'athlètes et spectateurs comme la récompense la plus importante qu'un athlète peut recevoir, voire plus importante qu'une médaille d'or. Cette médaille a été aussi décernée à des organisateurs s'étant particulièrement impliqués pour développer l'esprit sportif lors des Jeux ou dans l’organisation du CIO. Que l’on soit ou non médaillé des Jeux Olympiques, l’athlète a gagné un respect universel pour ses performances, son travail acharné et son dévouement ne serait-ce que pour avoir été sélectionné.

Mais quelques rares sportifs auront l’insigne honneur de repartir en plus avec la médaille Pierre de Coubertin. Ayant une symbolique plus forte qu'une médaille d'or, la médaille Pierre de Coubertin ne fut décernée qu'à une vingtaine de personnes entre 1964 et 2016. Cette distinction est promise aux seuls et rares athlètes qui ont fait preuve d'une attitude remarquable lors de la compétition. Elle récompense les sportifs qui - en plus de leurs performances physiques – ont su incarner « l'esprit Coubertin », transcendant l’esprit sportif (le fameux « Fair Play » anglo-saxon) au-dessus des pures performances athlétiques, comme le souhaitait le français Pierre de Coubertin !


CITIUS, ALTIUS, FORTIUS !

La « Médaille de la Sportivité », ou « Médaille Pierre de Coubertin » est une médaille circulaire qui porte sur son avers circulaire la devise olympique « Citius, Altius, Fortius », et au centre les 5 anneaux olympiques posés sur des rayons. Au revers, la médaille reproduit le portrait de ¾ de Pierre de Coubertin. La médaille est suspendue à un ruban blanc traversé des 5 couleurs olympiques : Vert, jaune, noir, rouge et bleu qui comme chacun sait reproduisent les 5 continents. Le drapeau Olympique fut d’ailleurs créé par … Pierre de Coubertin !


LISTE DES ATHLÈTES AYANT REÇUS LA MÉDAILLE PIERRE DE COUBERTIN

Sur les 22 titulaires de la médaille « Pierre de Coubertin » on ne compte que 3 femmes, 3 personnes la reçurent à titre posthume et 6 ne sont pas des athlètes olympiques. Nous présentons ci-après les 22 titulaires de cette prestigieuse décoration et présentons (pour la première fois) les motifs qui leur firent obtenir cette distinction !


L’EXEMPLE INITIAL DE LONG ET D’OWEN EN 1936

Le premier bénéficiaire de cette médaille, fut – à titre posthume en 1964 - le légendaire athlète allemand, Luz Long qui aurait aidé Jesse Owens lors des Jeux olympiques de Berlin de 1936. En effet, Luz Long (mort au combat en 1943) avait aidé le sportif noir américain (notamment en lui conseillant de rallonger sa course d’élan), permettant à celui-ci d’obtenir la médaille d'or et de le féliciter fraternellement au grand dam d’Adolf Hitler, présent aux jeux ! Mythe ou réalité, cette légende illustre bien, en tout cas, l’esprit dans lequel est attribué la médaille Pierre de Coubertin !


L’INCROYABLE GÉNÉROSITÉ D’EUGÉNIO MONTI EN 1964

Eugénio Monti (à droite), pose avec l’un des membres de l’équipe de bobsleigh britannique qui a gagné la médaille d’or grâce à la générosité de l’Italien. En effet, juste avant la course de bobsleigh lors des Jeux Olympiques d'Innsbruck en 1964, le sportif italien Eugenio Monti remarqua que le bobsleigh de ses rivaux britanniques manquait d’un boulon indispensable. Il leur offrit alors spontanément un de ses propres boulons et les Britanniques finirent premiers et remportèrent l'or alors que Monti finissait 3ème et remportait le bronze. Ce geste lui fut reproché par les supporters italiens, mais il répliqua que les britanniques étaient de toute façon les plus forts et que même sans son ils auraient gagné. Quoiqu’il en soit son geste fut suffisamment généreux pour être récompensé et Monti sera le premier champion olympique - vivant - recevant la médaille de la courtoisie sportive, Pierre de Coubertin.


LE BRÉSILIEN, VANDERLEI DE LIMA EN 2004

La médaille Pierre de Coubertin fut également remise en 2004, aux Jeux Olympiques d’Athènes, au marathonien brésilien Vanderlei de Lima victime d’une « agression » en pleine course par un supporter hystérique alors qu'il était premier de la course. Il réussit tout de même à finir sa course et à se classer troisième de la compétition (médaille de bronze). Après l'incident et alors qu’on lui remettait la médaille Coubertin, il ne marqua aucune déception de sa 3ème place et déclara que : « Cette médaille (Pierre de Coubertin) valait de l'or ! » faisant ainsi preuve d’un grand esprit sportif.


ERIC MONNIN, LE PREMIER ET UNIQUE FRANÇAIS, RÉCOMPENSÉ EN 2012

Éric Monnin est un historien et sociologue français du sport, spécialiste du Mouvement olympique international. Il né le 21 février 1968 à Besançon dans le Doubs. Agrégé d’Éducation physique et sportive, docteur en sociologie, il est Maître de conférences à l’Université de Franche-Comté. Il est aussi un grand promoteur de l’esprit sportif olympique dans le domaine scolaire, universitaire et intervient régulièrement au sein de l’Académie Internationale Olympique (AIO) en Grèce. Il est également membre du Comité international Pierre de Coubertin.

C’est à ces différents titres qu’il reçut exceptionnellement du Comité International Olympique (CIO) la médaille Pierre de Coubertin en 2012, médaille qui lui fut remise en aout 2013 à Lausanne, par le président du CIO, Monsieur Jacques Rogge. 

Il est le premier et unique français décoré de cette prestigieuse distinction !


LE GESTE SOLIDAIRE DE HAMBLIN EN 2016

Mais c’est sans doute en 2016 aux Jeux-Olympiques de Rio, que de la Néo-Zélandaise Nikki Hamblin illustra le mieux l’esprit de cette distinction. Celle-ci eut un geste magnifique en demi-finale du 5.000 mètre. En effet, elle s’arrêta en pleine course et aida sa rivale américaine Abbey D'Agostino, à terminer sa course alors que cette dernière s'était blessée durant l'épreuve (elle l’avait fait tomber involontairement). Elles finir ensemble la course, illustrant ainsi superbement l’esprit olympique si cher à Coubertin !


L’ORDRE OLYMPIQUE 

Mais la médaille Pierre de Coubertin, en raison de son attribution exceptionnelle, ne peut récompenser tous les engagements des fervents supporters au profit du sport olympique. Aussi et dans le même ordre d’esprit le Comité International Olympique décida-t-il en Mai 1978 de créer « L'Ordre Olympique » en remplacement du simple « Certificat olympique ». L'ordre Olympique est la plus haute distinction liée à l'olympisme. Il comporte trois niveaux : bronze, argent et or. Tous ont la même forme et sont composés d'un collier métallique représentant les cinq anneaux du drapeau olympique. Le collier se porte autour du cou comme sur la photo ci-dessous par la triple médaillée olympique en biathlon, Myriam Bédard qui reçut cet ordre le 23 juin 2001. L'Ordre olympique est décerné à une personne qui a illustré l'idéal olympique par son action, qui s'est distinguée par son mérite dans le monde sportif ou qui a rendu des services exceptionnels à la cause olympique, soit par ses exploits personnels soit par sa contribution au développement du sport. L’ordre est toutefois moins prestigieux que celui de la médaille Pierre de Coubertin. D’une dimension « plus politique » il récompensa notamment Jesse Owens, Steffi Graf, Alberto Tomba mais aussi Indira Gandhi, Nelson Mandela etc… Il existe enfin et dans le même esprit, une « médaille de l’ordre Olympique » créée à partir de 1980 et qui comporte 3 classes : Or, argent et bronze. Cette médaille est ronde avec des anneaux olympiques évidés au centre et suspendue à un ruban blanc au couleur olympiques.

Affiche des Jeux Olympiques d’été d’Athènes en Grèce en 1896 et médaille (d’argent) décernée aux premiers vainqueurs olympiques. L'avers représentait Zeus tenant un globe sur lequel reposait Niké, la victoire ailée. La légende « Olympie » en grec figurait à gauche de la médaille. Le revers représentait pour sa part l'Acropole surmontée de l'inscription en grec « Jeux olympiques internationaux d’Athènes 1896 ». 

Le rêve du baron Pierre de Coubertin était alors devenu, réalité … !


Plaque devant la maison natale de Pierre de Coubertin au 20 rue Oudinot à Paris (VII° arrondissement) 


O.M.



MEDIAGRAPHIE


* Gentside Sport : La médaille Pierre de Coubertin est la plus difficile à remporter aux J.O. (Samuel Vaslin-fitou, 22.08.2016).


* Se coucher moins Bête : Pierre de Coubertin (30.08.2016).


* Wikipédia : Articles sur les titulaires des médailles Pierre de Coubertin.


* Le Temps : Pierre de Courbertin, la médaille publiée (L. Fe - 17 avril 2015).


* Bustel. com : “What is a Pierre de Coubertin medal, this rare Olympic prize celebrates sportsmanship” (Marissa Higgins – 19.08.2016).


* Wikisource : Ode au sport (P. de Coubertin – 1912)

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