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SEPTEMBRE 2017

Quand on se tue à répéter que le niveau baisse… la preuve par le petit Nicolas Hénin

par Yannick JAFFRÉ

Je me croyais en vacances… et voilà qu’à peine ma dernière copie de bac corrigée, je suis rattrapé par le boulot. C’est qu’un ami vient de porter à ma connaissance le passage d’un livre récemment paru où je me trouve mentionné, La France russe de Nicolas Hénin. En mission atlantisto-bobo, ce garçon voudrait établir, pour les dénoncer, les liens entre l’« extrême droite » et la Russie de Poutine. Ayant publié il y a deux ans Vladimir Bonaparte Poutine, Essai sur la naissance des républiques (aux éditions Perspectives libres), j’offre au petit Nicolas, qui a sautillé vers mon livre sans l’avoir lu, l’occasion de mesurer sa taille exacte. Mais c’est vite fait que je retourne au turbin pour le corriger, sa poussive commission ne méritant pas davantage.

J’ai donc rapidement parcouru son gros article de Libération relié pour y relever un style médiocre, une documentation incertaine, de lourdes déficiences conceptuelles que des trouvailles journaleuses échouent à compenser – du genre, en titre de chapitre, « Le Pen s’habille en Pravda »… 

Comme tous ses semblables dans la profession, il réduit à l’« extrême droite », dont il ne maîtrise ni l’histoire ni l’étroit périmètre actuel, la vaste mouvance qui s’oppose de près ou de loin à l’idéologie libérale, atlantiste et multiculturaliste. À savoir aussi des gaullistes, des patriotes de gauche, des économistes hétérodoxes, des catholiques politiques…

Quant à la Russie de Poutine, elle est elle-même repeinte en dictature journalicide, le petit Nicolas ignorant que les assassinats de journalistes, qui sont majoritairement le fait de mafieux locaux, ont décru sous Poutine par rapport à l’ère Eltsine. Inutile de s’attarder, on est en présence d’un de ces innombrables livres de (mauvais) journalistes qui, contre toute évidence, croient penser.

Les deux passages qui me concernent résument les tares du genre. J’y suis d’abord présenté comme un « proche d’Alain Soral ». Or dans cette réalité qui n’intéresse pas le petit Nicolas, je ne l’ai jamais rencontré. Mais faisons preuve de charité pédagogique en accordant à l’« enquêteur » qu’on peut être proches sans se connaître – par les réseaux et par les idées. Je vois d’ici l’instruction menée par Minicolas dans le premier domaine : elle a dû se réduire au seul acte de recherche dont il est capable, à l’instar de mes plus mauvais élèves, c’est-à-dire la « googlisation ». Et il trouve encore le moyen de s’y tromper… 

Qu’aurait-elle dû lui apprendre ? Que les éditions Kontre Kulture conduites par Alain Soral ont diffusé, comme elles sont libres de le faire, mon livre sur leur catalogue. Je les en remercie chaleureusement et, moindre des courtoisies, leur avais accordé un entretien vidéo au moment de la parution. Rien de plus.

Sur le plan des idées, si ce petit bonhomme avait un peu de culture, et s’il m’avait lu surtout, il saurait qu’entre Soral et moi il y aura toujours l’islam. Part faite de la diversité de ses courants, il y voit un môle vertueux de résistance au mondialisme. Je l’inscris dans une critique complète du messianisme abrahamique qui agit à mes yeux, aujourd’hui comme toujours, contre les nations. Il envisage l’existence d’une importante communauté de musulmans patriotes français. Je vois par les grands nombres que l’islam n’est pas un corps soluble dans la France. Rien de moins.

Nicolicule poursuit en caractérisant mon livre comme une « hagiographie de Poutine ». Faux, nul, zéro, redoublement demandé ! S’il contient en effet tous les éléments biographiques disponibles sur le terriblement secret Vladimir Vladimirovitch, il est un ample essai de philosophie politique qui suit « Poutine de l’antiquité à nos jours ». Remontant des Grecs anciens jusqu’à nous, il pratique un billard à trois bandes entre le Consulat, la Russie de Poutine et la France contemporaine. Et, non, je ne fonde pas l’analogie entre Poutine et Bonaparte sur la lutte qu’ils auraient mené contre une « décadence » provoquée par la révolution française et l’implosion de l’URSS. Voilà ce qui arrive quand on parle de ce qu’on n’a pas lu : je n’emploie pas une seule fois le terme dans l’ouvrage. J’y expose en revanche de manière détaillée le bouleversement objectif des institutions et des mœurs politiques consécutif à ces deux événements majeurs. Et j’y décris la façon dont Bonaparte et Poutine y ont porté remède sans les « contre-révolutionner ».

Allez, parce que je suis un correcteur bienveillant, un bon point qui, hélas !, ne sauvera pas cette déplorable copie : il est exact qu’à mes yeux l’exemple du redressement russe doit intéresser les patriotes français, non comme modèle à imiter mais comme expérience dont s’inspirer. Pourtant, catastrophe, ça se gâte aussitôt après! Le candidat-essayiste renvoie en effet le Poutine de Jaffré à l’« homme providentiel » de conception « fasciste » puis, à une phrase de distance, au « défenseur des racines chrétiennes de l’Europe ». Il faudrait savoir… mais petit Nicolas ne sait pas. Je montre en réalité que Poutine mène une politique d’autorité de l’État traduisible dans les termes français d’un gaullo-bonapartisme classique ; et que, soucieux d’entretenir l’identité spirituelle russe, il ne mène pas une politique de civilisation orthodoxo-centrée. Bref, cette copie est un naufrage, rédigée à la truelle de surcroît.

Avec le même esprit de justice qui m’anime en jury de bac, j’ai consulté, pour rééquilibrer sa note, le dossier de ce personnage dont j’ignorais jusqu’à maintenant l’existence. J’ai alors appris qu’il avait été retenu en otage par Daesh entre 2013 et 2014. Reçu à ce titre dans l’émission « On n’est pas couché » du 21 mars 2015, il accuse alors la politique étrangère française d’être responsable du djihadisme en France, mais parce qu’elle bombarde les djihadistes en Syrie.

Il avait en revanche soutenu toutes les interventions atlantistes contre les nationalismes laïcs, remparts devant l’islamisme, en Irak, en Libye et en Syrie. Mais il ne sort de cette impasse intellectuelle, morale et politique que pour pointer ailleurs la cause du mal, selon lui plus profonde encore. Ce sont au choix la société, la nation ou le peuple français qui auraient essentiellement commis les djihadistes : « Le fait est que c’est une nouvelle illustration d’une trahison de l’Occident, de cette société qui refuse de les intégrer à la maison, chez eux, en France. » On n’a pas donné à ces pauvres chéris ce qu’ils voulaient (et quoi, au juste? En plus des allocations, de soins solidaires, d’une instruction gratuite, de libertés publiques ?), ils sont donc acculés. Au comble de la détresse, il ne leur reste plus qu’à aller finir des innocents à l’arme blanche dans une salle de concert passée à la kalachnikov. La mort dans l’âme ?

Nicolas le dhimmi explique apparemment dans sa précédente livraison, Djihad academy, que les motivations des Abaaoud, Kouachi et Cie ne sont pas « purement religieuses » – quelle découverte ! Depuis quand l’ont-elles jamais été dans l’histoire, le religieux se mêlant toujours à d’autres passions et intérêts ? Mais le but de l’opération est clair : dédouaner du Bataclan la religion du paradis aux 70 vierges pour accuser, donc, la méchante société française. Nicolas le « stockholmisé » aggrave encore son cas en invitant à ne pas défendre les chrétiens d’Orient (ni même à leur délivrer des visas) parce que, précisément, ils sont ciblés pour attirer l’attention… Évitons d’encourager les djihadistes, en somme, en abandonnant les chrétiens à leurs lames. Lisons-le une dernière fois pour fixer la note : « Nous avons des masses de gens qui sont très largement privés de moyens d’expression, qui sont enfermés parce qu’ils ne peuvent pas manifester dans la rue, parce qu’ils ne peuvent pas écrire ce qu’ils veulent sur leur mur Facebook et quand les gens sont à ce point restreints dans leur champ d’expression, que font-ils ? 

Ils s’enferment, ils s’enterrent dans de l’action clandestine et de l’action violente et ça donne le terrorisme (sic). » Qu’ajouter ?…

A l’évidence, le petit Nicolas présente tous les symptômes de la dhimmitude boboïdée. Je vois mal à ce degré de progression quel traitement recommander. Je préconise toutefois, pour sauver ce qui peut encore l’être, un stage de remise à niveau en histoire, en français et en déontologie. Avec, dans cette dernière matière, la récitation en boucle de ce mantra : « Je jure de ne plus parler désormais que des livres que j’aurai vraiment lu ! Je jure de ne… ». Ah ! devant ce fiasco d’école de journalisme, je ne peux m’empêcher de penser, avec mélancolie, que l’argent public inévitablement versé pour sa libération aurait mieux servi au budget des services spéciaux. Question de priorités. Pour qu’on en change radicalement, il faudrait que s’établisse en France ce régime « gaullo-poutinien » qu’il redoute. D’ici là pas d’inquiétude, mon petit Nicolas : malgré ton lamentable niveau, tu t’en sortiras toujours. Dans ton univers social, le ridicule ne tue pas, l’incompétence prospère et la bien-pensance rapporte.


Y.J.

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