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JUILLET - AOÛT 2017

L’Ordre de la Francisque
(État français)

par Olivier MENUT

Nous avons souvent dit que la création d’un ordre national, n’était pas tant destinée à récompenser les mérites, qu’à s’attirer la fidélité des élites d’un régime politique. L’empereur Napoléon Ier l’avait bien compris en créant sa fameuse Légion d’honneur en 1802.

C’est bien ce que fit également le maréchal Philippe Pétain en créant l’ordre de la Francisque. Mais avant, rappelons rapidement les conditions de l’arrivée du « héros de Verdun » à la tête d’un pays totalement livré à lui-même, à la suite de l’invasion implacable des troupes hitlériennes.
En effet, le maréchal Pétain, proche de la retraite et alors ambassadeur de France en Espagne, n’a pas de velléités particulières de prise du pouvoir à l’aube de la guerre. Il sera pourtant :

  • Nommé le 16 juin 1940, Président du Conseil approuvé par le président de la République Albert Lebrun, pour signer l’armistice le 22 juin 1940, 
  • Nommé le 10 juillet 1940, par une loi, dite « constitutionnelle » votée par les deux Chambres (569 voix pour, 80 voix contre et 20 abstentions) réunies en Assemblée nationale à Vichy, donnant « tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain », avec pour mission de promulguer une nouvelle constitution.
  • Puis finalement, il se proclamera lui-même par « Acte constitutionnel » du 11 juillet 1940, « Chef de l’État français ». Voici donc résumé, très rapidement, l’accession au pouvoir du maréchal Pétain.

ORIGINE DE L’ORDRE DE LA FRANCISQUE

S’agissant d’un nouveau régime, le maréchal se trouve confronté au choix d’un ordre national pour incarner son pouvoir politique. La Légion d’honneur continue d’être attribuée pendant toute l’occupation, mais celle-ci est encore trop marquée par les régimes parlementaires des III° et IV° républiques. Philippe Pétain cherche donc un autre symbole et c’est finalement la « francisque gallique » qui est créée en étant déclarée « insigne du Maréchal de France, Chef de l'État Français ».
Cet insigne est créée, approuvée et régie par les dispositions des arrêtés du 26 mai 1941, de la loi du 16 octobre 1941 et les décrets des 14 mars 1942 et 31 juillet 1942. La Francisque n’est pas à proprement parlé un « ordre » au sens de la Légion d’ordre, bien qu’elle porte le nom d’ordre, mais bien plutôt un insigne distinctif honorifique (de petite taille, sous forme d’épinglette) sans ruban, destinée à récompenser les hauts fonctionnaires, les bons serviteurs et les proches du nouveau régime. Elle ne comporte pas de classes, ni de grades (ou d’un seule type) et les récipiendaires ne portent pas de titre particulier. L’insigne s’inspire directement de l’emblème personnel choisi par le maréchal Pétain pour incarner son nouveau pouvoir : la Francisque, ou hache de guerre en usage chez les Germains et les Francs. Elle sera utilisée comme symbole tout au long du régime de Vichy, dit « État français » en tant que personne morale. 

POURQUOI LE MARÉCHAL PÉTAIN A-T-IL CHOISIT LA FRANCISQUE COMME SYMBOLE ?

Dans la réflexion du maréchal, s’agit-il de la francisque des Francs ou de la francisque des Gaulois ? Les connaissances historiques des conseillers du Chef de l’État amalgamaient-ils Vercingétorix avec Clovis ? Ce que l’on sait, c’est que dès le début 1941, Philippe Pétain arbore la francisque sur son fanion, comme emblème personnel, la référence initiale est bien celle des Francs. Et le mythe une fois de plus proclamé est celui de la nation française naissant avec Clovis (cinq siècles et demi après la défaite de Vercingétorix) ...

Est-ce par opposition à la naissance d’une nouvelle croix de Lorraine d’un certain général de Gaule en Angleterre (Que le maréchal Pétain connaissait fort bien) que le Chef de l’État Français décida de prendre son propre symbole ? En tout cas, lorsque début 1941 Pétain arbore la francisque sur son fanion, comme emblème personnel, la référence initiale est bien celle des Francs. Et le mythe une fois de plus proclamé est celui de la nation française renaissante avec dans la tradition franque et gauloise. En témoigne par exemple l'article paru dans le Figaro le 3 janvier 1941 :

« La Francisque du Maréchal : Voilà donc la francisque des Francs promue au rang de symbole national et introduite à ce titre dans les armes du nouvel État français. Il y a, en archéologie, une question de la francisque. Était-elle une hache à un seul tranchant et s’emmanchant verticalement par une douille à manche droit, comme les haches ordinaires, ou était-elle une double hache, telle qu’elle vient d’être brodée sur le fanion du Maréchal et gravée sur les nouvelles pièces de monnaie ? Aucune découverte archéologique n’a confirmé la thèse de la double hache. Celle-ci n’a pour elle qu’un bas-relief de la colonne Antonine, représentant des trophées pris aux barbares. Est-ce avec une hache à simple ou à double tranchant qu’à Soissons un soldat de l’armée de Clovis brisa le vase choisi par son chef ? 
Est-ce avec une hache à simple ou à double tranchant que, l’année suivante, le roi des Francs se vengea en fendant la tête du soldat qui avait osé contrecarrer son désir ? Toute l’imagerie traditionnelle ayant opté pour la double hache, il n’y a qu’à s’incliner. En tout cas, la francisque était une arme de guerre, alors que la hache du licteur, avec laquelle on est prié de ne pas la confondre, était, sous la république et l’empire romain, l’instrument de la peine capitale et portée devant les consuls comme symbole de leur autorité. Encore les consuls n’avaient-ils le droit de se faire précéder de la hache que hors de Rome, à la tête des armées. Plus tard, elle fut réservée au dictateur. La francisque des francs n’a jamais signifié rien de semblable. Elle était l’arme du troupier dont il se servait principalement pour crever le bouclier de l’adversaire - T. des T. »

Vercingétorix et la hache bipenne sur une affiche des Chantiers de Jeunesse

La francisque était en réalité une arme de jet à un seul fer, la hache à double tranchant étant elle appelée « labrys ». Mais la récupération politique de la mythologie gauloise suit bien vite. L'emblématique Vercingétorix devient patron des « Chantiers de Jeunesse » (organisation paramilitaire de 1940 à 1944 de formation et d'encadrement de la jeunesse française) et arbore une hache bipenne bien franque, qu'il n'a sans doute jamais connue... Le redressement national proclamé par Pétain est assimilé à celui que connut la Gaule, 19 siècles auparavant contre l'envahisseur.  Le Maréchal coupera court à toute discussion, en la qualifiant finalement de « francisque gallique ». Il est vrai que la Francisque a un sens plutôt « Maréchaliste » et donc « Anti-Lavaliste » et qu’elle permettrait ainsi à ceux qui l’arboraient, de méditer un peu sur les « vertus chrétiennes de la nation française, quelque peu sur ses origines franques mais surtout sur les vertus de la hache du vaincu Vercingétorix unificateur des tribus gauloises. » Il fut d’ailleurs possible, à la limite, de recevoir la francisque - après l’avoir demandée - en 1942, tout en finissant dans la Résistance. C’est ce les historiens qualifieront de « vichysto résistants ». Enfin, on peut simplement estimer que la hache franque avec un seul tranchant, a été équilibrée par l’ajout d’une deuxième lame, ceci sans doute aussi afin d’éviter de la confondre avec le faisceau de licteur utilisé par la République Sociale Italienne de Benito Mussolini…

CONCEPTION DE LA FRANCISQUE


Le docteur Ménétrel et le Maréchal Pétain à Vichy
Comme on vient de le voir, la hache stylisée qui servira de modèle à la Francisque a été choisi par le régime de Vichy comme étant « Le symbole du sacrifice et du courage pour rappeler une France malheureuse, renaissant de ses cendres ». Les historiens ne sont pas sûr de savoir à qui attribuer la paternité de cette francisque. Certains avancèrent qu’il s’agissait, peut-être, de Lucien Romier, un chartiste, conseiller du Maréchal et devenu directeur du Figaro, voir d’Henri du Moulin de Labarthète, Inspecteur des Finances, membre du cabinet du Maréchal. Mais a priori, la paternité en revient au docteur Bernard Ménétrel, médecin privé et conseiller du Chef de l’Etat. 
Bernard Ménétrel est le fils d’un médecin et proche ami de Pétain qui fut lui-même premier médecin du futur Maréchal. Le docteur Ménétrel (fils) est aussi un des très proche du Maréchal, qui le considère un peu comme son « fils adoptif » et le tutoie, ce qui est plutôt rare pour le vieux Maréchal (il a déjà 85 ans en 1941).

Papier Entête
Bernard Ménétrel est un héros de la guerre 14-18, titulaire de la croix de guerre avec 8 citations, il reçut 6 blessures et le grade d’officier dans l’ordre de la légion d’Honneur. L’excellente santé du Chef de l’Etat français met le docteur Ménétrel au chômage en qualité de médecin privé. Aussi se lance-t-il en politique. C’est donc spontanément qu’il accompagnera le Maréchal à Vichy, pour devenir son secrétaire particulier tout en veillant sur sa santé (un peu) mais également sur son image (beaucoup). De nombreuses photos montreront d’ailleurs le Maréchal Pétain avec les membres de la famille du docteur.

Maréchal Pétain avec la famille Ménétrel
Le médecin du maréchal Pétain, a la responsabilité – et le budget afférent – de la « Propagande sociale » du Maréchal. Il doit donc trouver quelqu’un pour l’aider à créer cette francisque qui symbolisera la « Révolution Nationale ». Il tient du commandant Bonhomme, officier d’ordonnance du Maréchal, le nom d’un capitaine (de réserve), Robert Ehret qui sait dessiner en qualité d’ancien joaillier-décorateur parisien. Il le charge alors de réaliser un projet qui reprendrait l’idée d’un bâton de maréchal et des couleurs nationales. Ehret indiquera alors : 

« C’est ainsi que le rapprochement de deux périodes de notre histoire devait m’amener sur la voie. Après 19 siècles, l’arme à deux tranchants que portaient les Gaulois et leur chef Vercingétorix à l’époque de la première grande épreuve nationale, d’où devait sortir notre pays, retint dès lors ma pensée. Elle allait m’aider à préfigurer dans ses grandes lignes le signe nouveau de ralliement autour du Maréchal Pétain, chef d’une France plongée dans la souffrance et le deuil ».

Celui-ci réalise donc dès le 30 septembre 1940 un croquis et Ménétrel le présenta au maréchal le 1er octobre suivant et l’accepte. Les deux spécialistes de la phaleristique : André Arthus-Bertrand à Paris (Maison fondée en 1803) et Alphonse Augis de Lyon (médailler depuis 1830) reçoivent les commandes pour réaliser les premiers modèles, avec deux systèmes d’attache différents (que nous présenterons ci-après). Par décret du 17 août 1942, Robert Ehret, créateur de la Francisque sera récompensé pour son travail en étant nommé membre du secrétariat particulier du Maréchal Pétain, dirigé par le docteur Ménétrel.

ENCADREMENT LÉGISLATIF DE LA FRANCISQUE

Le modèle composé d'une francisque gallique stylisée aux couleurs nationales est déposé au ministère de l'intérieur. On notera d’ailleurs que sa taille est fort petite, avec des dimensions de 265 mm de large sur 194 mm de haut. Taille qui est d’ailleurs fixée par l’Arrêté du 26 mai 1941 (publié au Journal Officiel le lendemain) « Autorisant le port de l'insigne décerné par le Maréchal de France, chef de l'État ». 
L’arrêté indique également que « Toute contrefaçon de cet insigne exposera le fabricant, le détaillant, le détenteur ou le porteur, à des poursuites judiciaires ». En effet, une loi pour réglementer le port de cet insigne s’impose rapidement, compte tenu du nombre de gens « peu recommandables » qui portent sur leur tenue la copie que l’on trouve dans le commerce et qui peut être confondue avec l’original… La Loi n° 4410 du 16 octobre 1941 « concernant le port de l'insigne de La Francisque Gallique » est donc publiée au Journal Officiel de l’État français, du 21 octobre 1941 (Page 4549). Elle stipule que : « Article 1 - La Francisque gallique, telle qu'elle a été définie par l'arrêté du 26 mai 1941, est l'insigne du Maréchal de France, chef de l'État français. Article 2 - Elle est distribuée, au nom du Maréchal de France, par un conseil de douze membres nommés par lui. Article 3 - Nul ne peut porter cet insigne, s'il n'a reçu la carte d'autorisation spéciale du chef de l'État. Toute personne qui arborerait cet insigne sans pouvoir justifier de cette autorisation est passible d'une amende de 200 à 1.000 Francs ».
Ceux sont enfin, les Décrets du 14 Mars 1942 et N° 2665 du 31 juillet 1942 approuvant « Les statuts de la Francisque » qui fixent dans leur texte le serment que nous présentons ci-après et qui créent un Conseil de douze membres désignés par le chef de l'État, chargé : 
1. De maintenir le prestige de la Francisque et d'établir une stricte discipline parmi les titulaires, 
2. D'examiner les demandes d'attribution soumises par les parrains et 
3. De radier les titulaires qui n'en seraient pas dignes, ou qui ne rempliraient pas les conditions requises.

CONDITIONS D’ADMISSION


Le Général Brécard
Comme nous venons de le voir, selon le Décret du 1er janvier 1942, l’insigne est accordé par un « Conseil de la Francisque » composé de 12 membres et désignés par le Chef de l’État, dirigé par le grand chancelier de la Légion d’honneur, en l’occurrence le général Charles Brécard de 1940 à 1944 (qui avait été écarté de ses fonctions de secrétaire général du Chef de l’État en octobre 1940 en raison de ses sentiments antiallemands). Il sera nommé par décret du 1er août 1942 « Président du Conseil de l’Ordre de la Francisque ». 
On notera toutefois que la distinction pouvait être également attribuée directement par le chef de l'État. Le Conseil se réunit 2 à 3 fois par mois au Pavillon Sévigné, qui était la résidence privée du maréchal Pétain à Vichy (une commune française, située dans le sud-est du département de l'Allier, rattachée à la grande région Auvergne-Rhône-Alpes, au centre de la France).

Insigne de la Garde personnelle du Maréchal Pétain
Le dossier du candidat doit avoir des références et 2 parrains. Il doit « présenter des garanties morales incontestées » et remplir deux des conditions ci-après : 

1. Avant la guerre, avoir pratiqué une action politique nationale et sociale, et conforme aux principes de la Révolution nationale.
2. Manifester depuis la guerre un attachement actif à l'œuvre et à la personne du maréchal.
3. Avoir de brillants états de services militaires ou civiques ». 

Dans son dossier de candidature, le candidat indique : « Être français de père et de mère, n’être pas juif aux termes de la loi du 2 juin 1941 (J.O. 14 Juin 1941) et n’avoir jamais appartenu à une société secrète ». En l’occurrence dans ce dernier cas c’est l’appartenance à la Franc-Maçonnerie, qui est interdite par l’État Français depuis la loi du 13 août 1940 car elle la rendrait (entre autres) responsable de la défaite de 1940 au même titre que le Front populaire.
L’entrée dans l’ordre s’accompagne de plus d’une prestation de serment : 

« Je fais don de ma personne au Maréchal Pétain comme il a fait don de la sienne à la France. Je m'engage à servir ses disciplines et à rester fidèle à sa personne et à son œuvre ».

Cette prestation de serment ne doit pas nous surprendre, puisque les membres de la Légion d’honneur, prêtaient un serment équivalent, jusqu’en 1870, que ce soit à la république, à l’empire ou au roi.
Par exemple sous l’Empire les nouveaux Légionnaires devaient prêter le serment suivant :

« Je jure d’être fidèle à l’Empereur et à sa dynastie. Je promets sur mon honneur de me dévouer à son service, à la défense de sa personne et à la conservation du territoire de l’Empire dans son intégrité, de n’assister à aucun conseil ou réunion contraire à la tranquillité de l’État ; de prévenir Sa Majesté de tout ce qui se tramerait, à ma connaissance, contre son honneur, sa sûreté ou le bien de l’Empire.»

COMBIEN DE MEMBRES DE L’ORDRE ?

II y aura I.700 titulaires de l’ordre de la Francisque lors de la publication des statuts en Juillet 1942, pour un total de 2.626 (connus) en 1944, dont 3 femmes. Ce chiffre a été reconstitué par la Haute Cour de Justice en 1945 puisque les archives du Conseil de la francisque ont été détruites.  L’ouvrage de l’Archiviste Jérôme (pseudonyme d’Henry Coston), « L’ordre de la Francisque » (1995, Publications H.C), donne environ deux mille noms. 
Carte de titulaire de membre de la Francisque appelée ici « Insigne » et 2 types de fixations arrières selon leur réalisation par les maison de fabrications de médailles ARTHUS-BERTRAND (bas) ou AUGIS (Haut)

L’attribution de la Francisque, comme distinction nationale pouvait être révoquée dans les mêmes conditions car dépendant d’une carte d’autorisation spéciale. L’insigne est naturellement porté sur les tenues civiles comme militaires. En 1944, le Comité français de la Libération Nationale en interdira le port.
Le Préfet régional Angeli et l’Amiral Platon, ministre des Colonies, portent l’ordre de la Francisque sur leurs uniformes


TITULAIRES CÉLÈBRES DE LA FRANCISQUE

Parmi les 2.000 titulaires de l’ordre de la Francisque, certains noms célèbres apparaissent et notamment : La veuve du général Charles Huntziger (Secrétaire d’État à la Guerre du Gouvernement de Vichy, puis commandant en chef des forces terrestres, mort dans un accident d’avion en novembre 1941) qui en sera la première récipiendaire (parmi les 3 femmes décorées de l’insigne); les Frères Lumière, le (futur) général Raoul Salan, alors lieutenant-colonel à l'état-major du général commandant en chef à Dakar, les acteurs Charles Vanel et Pierre Fresnay, Edmond Giscard d'Estaing, président des compagnies d'assurances « Le Phénix » et père du futur président de la République, Camille Laurens, qui siège à Vichy avant d'être résistant, futur ministre de l'Agriculture de la IVème République, l'homme de radio et de télévision Jean Nohain, les écrivains et/ou journalistes : Jean Ousset, Jacques Ploncard d'Assac, Charles Maurras, Henry Coston, Jean Arfel (alias Jean Madiran), Jean Védrine, proche de François Mitterrand, père d’Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Lionel Jospin (1997-2002), Louis Devaux, proche de François Mitterrand, Jean-Louis Tixier-Vignacourt, Maurice Papon (secrétaire général de la préfecture de Gironde en 41-42, ministre du budget de Valery Giscard d’Estaing de 1978 à 1981 et condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité), Pierre Mauriac, doyen de la faculté de médecine de Bordeaux et frère de François Mauriac (Académicien), Maurice Couve de Murville, (homme politique et futur Premier ministre du général de Gaulle de 1968 à 1969), Louis II de Monaco et le général Maxime Weygand (ainsi que son épouse).

FRANÇOIS MITTERRAND ET L’ORDRE DE LA FRANCISQUE


Le Maréchal Pétain et François Mitterrand à Vichy
Mais l’un des plus célèbres titulaires de la Francisque fut sans nul doute François Mitterrand (1916-1996), 21ème Président de la République Française (1981-1995). Installé à Vichy en janvier 1942, bien que recherché par les Allemands comme prisonnier évadé, il occupe un emploi contractuel d'abord à la Légion française des combattants et des Volontaires de la Révolution Nationale, sorte de parti unique qui reprend la propagande pétainiste, puis en mai 1942, au Commissariat général aux prisonniers de guerres et rapatriés et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la compétence est principalement civique et sociale. En janvier 1943, le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazie. François Mitterrand, alors chef de service de l’Information du commissariat pour la zone sud, démissionne. 
Il garde un poste à la tête des centres d’entraide et c’est à ce titre qu’il reçoit l'Ordre de la Francisque en mars-avril 1943. « François Mitterrand racontait dans un article de la revue « France-Revue de l'État Nouveau » de décembre 1942, sa découverte de l'Allemagne à la faveur de sa courte captivité et fustigeait les politiciens républicains qui depuis cent cinquante ans avaient plongé la France dans le chaos ». Dans ce numéro 5 de « France-Revue de l'État Nouveau », la signature de Mitterrand voisinait avec celles de l'élite de Vichy dont ses parrains de la Francisque : Simon Arbellot de Bayac (ancien journaliste au Temps et au Figaro devenu directeur des services de presse de Vichy), et Gabriel Jeantet (un ancien cagoulard, ami de Mitterrand). Simon Arbellot devait écrire dans « Ecrits de Paris » bien après la guerre : « François Mitterrand me demanda un jour, à moi et à Gabriel Jeantet, animateur des mouvements de jeunesse, de présenter sa candidature à la Francisque. Il fut admis à l'unanimité du conseil de l'ordre sous le feu approbateur du monocle de l'amiral Platon ». En avril 1943, Le Maréchal Pétain remet – en personne - la francisque à François Mitterrand pour « récompenser les services rendus à l'État français ». Il figure sur le répertoire des récipiendaires sous n° 2202. Rappelons que pour obtenir cette décoration, il fallait en faire la demande et remplissant un formulaire sans ambiguïté : « Je fais don de ma personne au maréchal Pétain comme il a fait don de la sienne à la France. Je m'engage à servir ses disciplines et à rester fidèle à sa personne et à son œuvre. ». 
Dès les premiers mois de l'année 1942, François Mitterrand arrivant à Vichy, éprouve de l'admiration pour le maréchal Pétain et collabore à une revue de Vichy : « France, revue de l'État nouveau ». Dans une lettre retrouvée dans ses archives, François Mitterrand fait même l'éloge du SOL (Service d'Ordre Légionnaire), groupe paramilitaire chargé de pourchasser les ennemis du régime (et ancêtre de la Milice). François Mitterrand a été maréchaliste et plein de confiance et d'admiration pour l'homme Pétain, notamment à la lecture d'une de ses lettres à sa sœur, rédigée le 13 mars 1942 et dans laquelle il écrit : « j'ai vu le maréchal au théâtre [...] il est magnifique d'allure, son visage est celui d'une statue de marbre. » Pendant la collaboration, Mitterrand est donc à Vichy et fera la connaissance de René Bousquet, secrétaire général de la police. En juin 1942, ce dernier négocie avec le chef de la police allemande les modalités de collaboration de la police française pour participer aux rafles des juifs. Les rares fois où François Mitterrand a accepté de parler de cette période, le président de la République se justifiait en expliquant qu'il n'était pas au courant de ce qui se passait pour les Juifs. 

Mitterrand à son bureau de Vichy
Lors du vote des lois de 1941 qui excluent les Juifs de la communauté nationale, Mitterrand était en Allemagne. Toutefois, il est difficile de croire que Mitterrand ignorait le sort qui était réservé aux Juifs. Il était à Vichy lorsque les fonctionnaires de la police française arrêtaient les Juifs à Paris et dans la zone sud, sous les ordres de René Bousquet. Le 2 juillet 1942, Bousquet rencontre le SS Karl Oberg pour lui proposer l'arrestation de 20.000 juifs étrangers en zone occupée et 10.000 en « zone libre ». Le 16 et 17 juillet 1942, les Parisiens assisteront à la razzia par la police et la gendarmerie française (grâce à l'accord Mitterrand-Bousquet), parmi cette razzia 4.501 enfants. François Mitterrand resta à Vichy jusqu'à fin 1943 (une fois que les nazis auront perdu Stalingrad et que les Américains avaient débarqué en Sicile).
En 1974, René Bousquet soutenait et apportait son concours financier au candidat François Mitterrand. En 1981, après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, Bousquet sera reçu à l'Élysée « pour parler politique ». En 1986, quand les accusations portées contre René Bousquet prendront de la consistance, le président cessera de le voir. En 1994, ses liens avec Bousquet sont rendus publics à l'occasion de la sortie du livre de Pierre Péan. La décoration de la Francisque lui sera reprochée par ses adversaires tout au long sa carrière politique, depuis les communistes (dès 1948) jusqu'aux gaullistes (dès 1954) et la SFIO (dès 1958). Franz-Olivier Giesbert et plus tard, Pierre Péan, souligneront qu’il basculera progressivement du côté de la Résistance. Après les premières grandes défaites militaires allemandes, François Mitterrand devient un adversaire du collaborationnisme. Pour cette raison, il est parfois qualifié de « vichysto-résistant ». Jérôme Cotillon dans « Ce qu'il reste de Vichy » (Armand Colin, 2003), revient sur cette question et avance la notion de « maréchalo-résistance ». Pour l’anecdote, toutes les années d’exercice de son pouvoir à la présidence de la République, le président Mitterrand fera fleurir la tombe du maréchal Pétain à l’Ile d’Yeu (Vendée), à chaque 11 novembre. Pratique que cessera de faire le Président Jacques Chirac.
Tombe du maréchal Pétain (qui a conservé son titre militaire et ses 7 étoiles) à l’Ile d’Yeu en Vendée avec la pièce de monnaie française sous l’occupation frappée de la francisque et image d’Epinal à la gloire du Maréchal


INSIGNES DE FIDÉLITÉ À LA FRANCISQUE, SYMBOLE DU MARÉCHAL PÉTAIN

Sous la France du maréchal Pétain, les fonctionnaires n’étaient pas autorisés à porter d’insigne d’affiliation à un parti ou un groupement quelconque. Toutefois, un arrêté du ministre, secrétaire d’État à l’intérieur, en date du 15 novembre 1942 et paru au Journal Officiel du 20 décembre 1942, autorisera le port du nouvel insigne créé par cet arrêté. Ce nouvel insigne, consistait alors en un écusson où la francisque gallique se détachait sur fond blanc et dont le port constituait un témoignage de « fidélité au maréchal de France chef de l’Etat ». Il ne devait pas être confondu avec la « Francisque Gallique », réservée à un petit nombre de personnes de distingués. Si, peu de français reçurent l’ordre de la Francisque, en revanche nombreux furent ceux à porter ces petits insignes de fantaisies, qui contribuèrent très largement à populariser le symbole du chef de l’Etat français et de la Révolution Nationale. Certains insignes seront réalisés en emails, d’autres peints sur acier et enfin certains sous forme d’écussons en tissus. De 1940 à 1944, les français vont disposer d’une multitude d’objets destinés à marquer leur adhésion au niveau régime, et à tout le moins au maréchal Pétain. On notera toutefois que le décret du 26 Mai 1941 qui autorisait la reproduction de cette Francisque précisait que « La reproduction de la francisque dans la décoration industrielle est autorisée sous les réserves suivantes : la francisque devra être sans relief sur fond plein uni ou ornementé et d'une dimension de 25 p. 100 inférieure ou supérieure à l'insigne officiel. Toute reproduction décorative devra être soumise à la censure centrale (Bureau de documentation) préalablement à la fabrication et à la mise en vente ». Chaque modèle accepté par ce bureau recevait alors un numéro de censure qui se présentait sous l’identification composé des initiales « OA » (Objet Autorisé) suivi d’un numéro. On devrait retrouver ces numéros sur tous les insignes reproduisant le symbole de la Francisque ou les armes de l’Etat français, toutefois, l’administration ayant ses mystères, certains objets totalement différents porteront le même numéro de censure… 

DRAPEAUX DU MARÉCHAL PÉTAIN

On retrouvera naturellement le symbole de la Francisque sur les différents drapeaux de l’État Français. Par exemple, on notera ce curieux fanion (en haut à gauche) offert par les catholiques de Carcassonne au Maréchal PETAIN en 1943. Le revers de ce drapeau présentait un cœur sacré de Jésus avec un projet de consécration de la France (au Sacré Cœur de Jésus) qui n’eut pas lieu finalement… Au centre, figure le fanion de voiture du Maréchal sur lequel est à nouveau brodé la Francisque et les 7 étoiles du maréchalat ainsi que sur la cocarde blanche. Enfin à droite est présenté un autre fanion, plus simple, de voiture du Maréchal PETAIN.

AUTRES DISTINCTIONS

Les autres distinctions et médailles créées par le régime de Vichy reprendront le symbolisme de la Francisque. Cette dernière ainsi que toutes les distinctions créées par le régime dictatorial de l’ « Etat-Français » seront supprimées et interdites de port par l’ordonnance du 7 janvier 1944, « relative aux décorations décernées à l’occasion de la guerre », du Comité français de la Libération Nationale, présidé par le général de Gaulle.

EN CONCLUSION

Il est difficile de parler du régime de Vichy sans parler de sa collaboration avec les nazis, notamment dans le cadre de sa persécution contre les juifs. Lorsque le héros de Verdun - qui n’a pas demandé à prendre le pouvoir - mais qu’on est venu chercher en Espagne, indique qu’il se nomme « Chef de l’Etat français » et annonce aux Français qu’« Un ordre nouveau commence » on peut imaginer que nombre de français - déçus par la trahison des députés, l’antipatriotisme du front populaires et l’incapacité de l’état-major – et sans doute en proie à un certain populisme, antimaçonnique, anticommuniste et antisémite, n’aient eu, pour certains, envie de le suivre. La devise « Travail, Famille, Patrie » n’était pas nécessairement de nature à choquer la fille ainée de l’Eglise et l’insigne même de la Francisque était un clin d’œil historique à Vercingétorix (Même si cette arme ne datait pas de son époque, comme on l’a vu). 

Affiche de propagande sous-titrée « Français, ralliez-vous au signe du Maréchal » (avec une francisque)
D’autre part, le fait même que les fonctionnaires, enseignants, policiers, juges… devaient prêter serment de fidélité au Maréchal et que le Maréchalisme se dote d’une propagande centrée sur le culte du chef, proclamé « Sauveur de la France » n’était pas non plus sans rappeler l’esprit Bonapartiste qui habitait encore nos campagnes dans le contexte d’après-guerre, particulièrement traumatisant pour les français. En revanche lorsque le « gouvernement de Vichy » (entité trop floue et qui devrait être définie) collabore avec l’Allemagne nazie et met en œuvre, plusieurs lois sur le statut des juifs, lois qui semblent même dans certains cas avoir été durcies par le régime de Vichy lui-même, il convient alors de dénoncer ce régime et son chef, car le nationalisme de Pétain, qui se veut le continuateur du nationalisme du « vainqueur de 1918 », ne l'empêche pas de collaborer, tant il se révèle finalement être germanophile et anglophobe. Bien que certains historiens ne manquent pas de relever que le statut des juifs n’était pas le même selon qu’ils étaient en zone libre ou en zone occupée ; dans les deux cas, la déportation dans les camps d’extermination avait la même conséquence. 
Les historiens estiment que pendant la seconde guerre mondiale, environ 28 % des juifs de France seront exterminés (75.000 morts sur 270.000 juifs en 1939), alors qu’à titre de comparaison, l’Italie fasciste en aura 18 % (9.000 sur 50.000) et que l’Allemagne en aura 50 % (120.000 sur 240.000). La Russie, elle, n’en aura « que » 23 % mais cela représentera environ 1 million de morts sur les 3 millions de juifs vivant en URSS en 1939… Toutefois, la triste première place de l’horreur reviendra à la Pologne avec 3.000.000 de juifs assassinés pendant la guerre. A la libération de la France, le Maréchal Pétain sera condamné à mort et à la dégradation nationale par la Haute Cour de Justice de Paris, le 15 août 1945. Cette peine sera commuée par le général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République, en « réclusion à perpétuité » le 17 août 1945 et le maréchal Pétain sera alors enfermé au Fort de la Citadelle sur l’Ile d’Yeu (Département de la Vendée). Toutefois, le 26 Mai 1951, le général de Gaulle déclarera qu’« il (était) lamentable pour la France, au nom du passé et de la réconciliation nationale indispensable, qu'on laisse mourir en prison le dernier Maréchal ». Malade, le « vieux Maréchal » sera alors transféré dans une maison privée de Port-Joinville, non loin de l’Ile d’Yeu ou il décédera le 23 juillet 1951 à l’âge de 95 ans, emportant avec lui ce curieux insigne de la Francisque qui constituait assurément une originalité dans l’histoire phaleristique de la France.


O.M. 

BIOGRAPHIE – MEDIAGRAPHIE

* Aiolfi – Francisque.
* Uniformes - N°266 (sep-oct-2009) La Francisque à la boutonnière.
* Merlerene.canalblog.com - Francisque, Francs ou Gaulois (9 décembre 2014.
* Polices.mobiles.free.fr - Les origines des emblèmes (symboles Gaulois).
* Humanisme.canalblog.com - Vichy et les francs-maçons 1940-1944 (3 mars 2009).
* Histoires du nord 3. Blogspot.fr – Qui a inventé la francisque – Prof. Michèle Cointet (7 septembre 2012).
* France-phaleristique.com : La francisque gallique.
* La Destruction des Juifs d’Europe - Raul Hilberg – Fayard (1988).
* Histoire et Philatélie.fr - L’ordre de la Francisque Gallique – 30 juin 2016.

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