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JUILLET - AOÛT 2017

Royaumes méconnus : S.A.R. l’Omukama Salomon Gafabusa Iguru Ier et le Royaume de Bunyoro-Kitara

par François MAURICE

Le royaume de Bunyoro-Kitara est situé à l’ouest de l’Ouganda. Il fut l’un des royaumes les plus puissants d’Afrique centrale et orientale du XIIIe au XIXe siècle. Il est régi actuellement par l’Omukama (roi) de Bunyoro, Salomon Iguru Ier, souverain actuel et 27ème Omukama de la Dynastie Babiito.
Le royaume Bunyoro-Kitara est une monarchie régionale traditionnelle. Sa Majesté l'Omukama (Roi) Rukirabasaija Agutamba Solomon Gafabusa Iguru Ier est un monarque régnant selon la règle traditionnelle. Légalement reconnu, mais sans pouvoir gouvernemental souverain, ses titres1 sont cependant reconnus par la République d'Ouganda.
Salomon Iguru Ier, Omukama du Royaume de Bunyoro-Kitara, est le chef souverain et Grand Maître de l'Ordre royal d'Omujwaara Kondo et l'Ordre royal d'Engabu, de l'Ordre honorable d'Omukama Chwa II Kabalega, le protecteur royal de l'ordre chevaleresque et religieux de la Couronne d'épines et le protecteur de l'Ordre du Lion et de la Croix Noire...
Le Royaume Bunyoro Kitara, au plus fort de son pouvoir, était très vaste et bénéficiait d'un prestige particulier. Le roi avait alors des pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs. Sa parole était très respectée et à l' égal d'un Dieu. Le royaume était organisé en différents clans ayant chacun un devoir spécifique envers le roi. Ainsi, les clans Abaliisa étaient les bergers du bétail de la maison royale (Enkorogi), le clan d'Abahamba étaient les chasseurs et les gardes du corps (Abakumirizi) de la maison royale et le clan Abasiita fournissait les artisans royaux.
Sur le plan politique, le roi avait une autorité absolue sur ses sujets. Il nommait les chefs de comté (Abamasaza) et chefs de sous-comté (Abagomborozi) qui étaient des administrateurs territoriaux . Ceux-ci recevaient les rapports des chefs de paroisse (Abemiruka) et des chefs de sous-paroisse (Abatongole). Au niveau local, les chefs du village (Bakuru b'emigongo) étaient désignés par la communauté. Plus tard, la fonction de Premier ministre (Omuhikirwa / Katiikiro) a été créé pour diriger la fonction publique de l'ensemble du Royaume, devenant l'échelon intermédiaire entre les chefs du comté et le roi.
Sur le plan économique, le Royaume de Bunyoro était le fournisseur de produits alimentaires vers les royaumes mitoyens. Les sols fertiles du royaume ont ainsi permis aux gens de cultiver beaucoup de nourriture pour leur propre consommation et l'excédent était destiné aux transaction commerciales avec les communautés voisines. L'économie des peuples était donc largement tributaire de l'agriculture. Mais le commerce de troc était également courant.

HM Omukama Chwa II. Kabalega 
Héros national de l'OugandaLes gens du lac Mwitanzige (Albert) connus sous le nom de Bagungu étaient des pêcheurs. Certaines communautés étaient des chasseurs utilisant des filets, des couteaux et des lances fabriqués localement pour tuer de petits animaux, tandis que d'autres chassaient à l'aide de puits profonds (Obuhya) dans lesquels les animaux de plus grosse taille étaient tués. La population pouvait ainsi échangé du poisson ou de la viande séchée (Omukaro) contre d'autres denrées alimentaires. L'arrivée des Bachwezi a introduit la culture du bétail à plus grande échelle et une production importante de lait.
A Kiboro, l'exploitation du sel fut également pourvoyeur de revenus pour les Abanyakibiro. Enfin, l'artisanat n'était pas négligé, notamment par le Banyoro qui produisait un certain nombre d'articles en bois, articles en peaux et articles en poterie. Ceux-ci étaient vendus ou échangés contre d'autres éléments selon leurs besoins.
Toutefois, le royaume de Bunyoro a commencé à décliner à la fin du XVIIIe siècle en raison de divisions internes. Le royaume voisin du Buganda en profita pour s’emparer des régions de Kooki et Buddu jusqu’alors parties intégrantes de Bunyoro. En 1830, la province de Toro revendiqua son autonomie et profita de la richesse tirée de l’exploitation des salines pour se séparer du royaume de Bunyoro. Durant cette même période, au sud du royaume, le Rwanda et le royaume d’Ankole se développèrent considérablement et reprirent certains territoires vassaux de Bunyoro. 
Ainsi, vers le milieu du XIXe siècle, Bunyoro (également connu à l’époque sous le nom de Unyoro) est devenu un état beaucoup plus petit mais qui demeurait influent notamment par les revenus générés par le contrôle des routes commerciales du Lac Victoria et vers la côte de l’Océan indien. Les bénéfices étaient tirés tout particulièrement du commerce de l’ivoire. Ce qui engendra de violents conflits entre le Bangada et le Banyoro. De fait, la capitale fut transférée de Masindi à Mparo, beaucoup moins vulnérable. A la suite de la mort de l’Omakuma Kyebambe III, le royaume connut une nouvelle période d’instabilité politique au cours de laquelle des rivalités de succession se déclarèrent. Ainsi deux rois revendiquèrent la couronne et se partagèrent le royaume renforçant la fragilité de la souveraineté du territoire. 

HM Omukama Chwa II. Kabalega Héros national de l'Ouganda
Lors de la colonisation de l'Ouganda par les Anglais (1890), le Bunyoro tente de résister avec son Roi Cwa II (de 1869 à 1896). Défait et exilé aux Seychelles, le Roi Cwa II ne peut que constater avec amertume que son Royaume est désormais géré par le puissant Royaume du Bouganda allié aux colons anglais, ce malgré la présence d'un successeur sur le trône.
En 1934, le Bunyoro retrouve une autonomie complète avant d'être intégré à l'Ouganda en 1962 lorsque le Royaume-Uni accorde l'indépendance au pays. En février 1966, le Premier ministre Milton Obote suspend la constitution et prend le pouvoir. 
Le 8 septembre 1967, après quelques mois de cohabitation avec le nouveau gouvernement républicain issu d'un putsch, le Roi du Bunyoro ( Tito Winyi IV 1883-1971) est destitué et son gouvernement exilé. 
Il faudra attendre de nouveau l'arrivée au pouvoir du Président Yoweri Museveni pour que le Royaume du Bunyoro soit de nouveau restauré au sein de la République Fédérale d'Ouganda).
Le 24 juillet 1993, la République de l'Ouganda rétablissait constitutionnellement les royaumes traditionnels qui avaient prospéré dans les temps anciens et abolis par la dictature en 19672. 
En outre, Sa Majesté l'Omukama (Roi) Rukirabasaija Agutamba Solomon Gafabusa Iguru Ier a été spécialement reconnu comme le roi légitime de Bunyoro-Kitara par la Cour suprême de l'Ouganda3. 

Son Altesse Royale et le Président de l'ARKBK CLBG, Son Excellence Peter Gummersbach
Contrairement au large pouvoir politique et aux droits des anciens rois, les nouveaux rois traditionnels n'ont pas de pouvoir politique , néanmoins ils ont, à l'instar d'autres monarques régnants, la mission de servir d' autorité culturelle ou de « leader traditionnel ». Parce que ses ancêtres n'ont jamais renoncé à leurs droits, n'ont jamais abdiqué, n'ont jamais cédé la souveraineté, ont subi l'exil plutôt que de capituler et ont admis tout, ils ont maintenu leur statut royal original et leurs droits souverains.
Ceci est très important car Sa Majesté l'Omukama (Roi) Rukirabasaija Agutamba Salomon Gafabusa Iguru Ier n'est pas simplement un roi constitutionnel. Il est également l'héritier d'une dynastie qui a conservé tous ses anciens droits intacts.
Né en 1948, le Roi Salomon Iguru 1er a été couronné le 11 juin 1994 et s'engage depuis tout particulièrement dans le développement et le rayonnement de son royaume, notamment à travers les actions humanitaires mises en œuvre par l'Association des représentants du Royaume de Bunyoro-Kitara ( ARKBK CLBG), fondée en 2009. 
Son Altesse Royale est marié à l'Omugo de Bunyoro, la Reine Margaret Karunga et résident au Karuziika Palace, à Hoima.
Le Karuziika Palace

Le couple royal salué par Son Excellence le président Yoweri Museveni, président de la République de l'Ouganda

Parmi les prérogatives de l'Omukama Salomon Iguru Ier, la protection des ordres royaux permet à Son Altesse de décerner les plus hautes distinctions à ses fidèles les plus engagés ainsi que ponctuellement à de généreux donateurs permettant de financer les différents projets humanitaires et culturels mis en œuvre. Parmi les plus hautes distinctions du Royaume, on distingue l'Ordre royal de l'Omujwaara Kondo, l'Ordre royal de l'Engabu et l'Ordre royal du plus honorable Omukama Chwa II. Kabalega.
L' Ordre royal de l'Omujwaara Kondo est le plus ancien de tous les ordres royaux. On estime sa création à plus de 500 ans. Seuls les hommes peuvent en être bénéficiaires et l'obtention accorde des privilèges notamment d'être aux côtés de Son Altesse lors des cérémonies officielles. Comme l'Ordre royal d'Omujwaara Kondo a été et continue d'être héréditaire, des générations d'Abajwaara Kondo existent aux côtés de l'Omukama depuis des siècles. Durant la colonisation britannique, les accords de Bunyoro - entre le gouvernement britannique et l'Omukama - reconnaissent, entre1933 et 1955, le droit de l'Omukama de continuer à accorder cet honneur «ancien», qui est classé en tant qu' «Ordre de distinction».
Après l'indépendance ougandaise, l'Omukama (H.M. R.A. Omukama, Sir Winyi IV de Bunyoro, Commandeur de l' Ordre de l'Empire britannique) a continué à accorder l'Ordre d'Omujwaara Kondo jusqu'en 1967 et la prise de pouvoir par le dictateur Milton Obote4.
L'Ordre d'Engabu est un pont entre les honneurs particuliers accordés aux titulaires de l'Ordre de l'Omujwaara Kondo, et le reste des Ordres royaux. 
À savoir, l'Ordre d'Engabu est également héréditaire, et est placé deuxième plus haut Ordre dans le Royaume. 
L'Ordre royal d'Engabu - en français, le nom de l'Ordre signifie: Ordre du Bouclier - est attribué uniquement par l'Omukama de Bunyoro-Kitara. On considère que les racines de l'ordre remontent au XVIIe siècle mais une ordonnance a été créée en 2010, en remplacement de l'ancienne ordonnance royale de la Couronne, afin de s'assurer que l'Ordre de la Couronne et l'Ordre d'Omujwaara Kondo ne soient pas été confondus.  
La devise de l'Ordre royal d'Engabu est « Cum Alus Pro Alus » en latin (en français: avec les autres, pour les autres).
L'Ordre d'Engabu est normalement accordé deux fois par année, une fois lors de la cérémonie d'Empango (qui est le plus souvent le 11 juin de chaque année) et l'autre à l'anniversaire de l'Omukama (l'anniversaire de Sa Majesté Salomon Iguru Ier est le 18 juin) .
Aujourd'hui, l'Ordre est décerné pour « Tout ce qui fait pour le renforcement spirituel et moral de l'humanité et du Royaume de Bunyoro-Kitara en particulier, et ceux qui font la promotion du travail pour l'humanité et la charité, pour le soulagement des personnes en maladie, en détresse, en souffrance ou en danger ». Son admissibilité s'adresse à toute personne physique d'âge supérieur à 25 ans.
Les récipiendaires de l'ordre reçoivent une étoile de poitrine, qui mesure 90 millimètres de diamètre. Cette étoile est portée aux cérémonies d'Empango ou lors d'autres occasions officielles appropriées. Durant ces manifestations, les membres de l'ordre s'insèrent dans un lieu d'honneur spécial.
A la mort du membre de l'ordre, la distinction est héritée par l'enfant le plus âgé du bénéficiaire d'origine du même sexe. Ainsi pour les bénéficiaires masculins, l'honneur passe par primogénité patrilinéaire et pour les femmes bénéficiaires, l'honneur passe par la primogénité matrilinéaire.
Le président Museveni, Président de la République ougandaise présent, dans le district de Hoima, lors des célébrations du 22ème anniversaire du couronnement de l'Omukama du Royaume de Bunyoro Kitara Royaume, Salomon Gafabusa Iguru Ier

Le troisième ordre royal est l'Ordre royal du plus honorable Omukama Chwa II. Kabalega

L'Ordre de l'Omukama CHWA II Kabalega (également connu sous le nom d'Ordre le plus honorable du devoir et de l'inflexibilité de l'Omukama CHWA II Kabalega et Saint Thomas More) est le troisième ordre royal du mérite du royaume de Bunyoro5, et est attribué uniquement par l'Omukama de Bunyoro. L'Ordre est l'un des trois ordres qui ont été établis lors du processus de modernisation réalisé en 2010 dans le Royaume6. Il est nommé en l'honneur de l'Omukama (Roi) CHWA II Kabalega de Bunyoro, resté célèbre pour avoir su résister au colonialisme sous son règne7. 
L'Ordre est attribué aux personnes, de plus de 25 ans, qui ont participé à la promotion de la charité et de l'humanité, aider à fournir des secours de la maladie, la détresse ou la souffrance. 
L'Ordre n'a pas de devise officielle, mais la devise non officielle est « Habwomukama, Habwabantu, Habowbwinganisa » (Latin : « Pro Rex Pro Humanitas Pro Justitia » - en français : « Pour le roi, pour le peuple, pour la justice »).
La population totale du Royaume de Bunyoro-Kitara se situe entre 1 800 000 et 2 100 000.
Malgré les différentes actions déjà entreprises par le Roi Salomon Iguru 1er dans le Royaume une ensemble de projets sont en cours de réalisation mais demeurent parfois en attente faute de fonds.
La situation demeure très inquiétante, ainsi :

  • seulement 1 % de la population utilise l'électricité pour l'éclairage et la cuisine;
  • plus de 92 % de la population est pauvre et gagne moins de la moitié de la moyenne nationale ougandaise (478 US $) = 239 US $ par année !;
  • environ 48 % des enfants sont des orphelins;
  • environ 54 % de la population est analphabète.

Selon vos sensibilités (culturelles, sanitaires et sociales, éducatives ou environnementales), vous pouvez participer à la réalisation des projets en cours. Je ne peux donc qu'inviter nos lecteurs à prendre plus d'informations sur le site officiel du Royaume : http://www.bunyoro-kitara.org

F.M.

Notes et références :

1. Omukama du Royaume de Bunyoro-Kitara, Souverain de Hoima, Masindi, Kibaale, Buliisa, Kiryandongo, Kagadi et Kakumiro, Le Neto de Kabalega, Le Guérisseur, Le Protecteur des orphelins, Le Lion de Bunyoro, Le Héros de Bunyoro, le Héros de Kabalega, le défenseur et protecteur de la culture et de la tradition orale de de Banyoro, le défenseur des religions africaines traditionnelles, le défenseur des religions, etc., etc. 

2. Sa Majesté l' Omukama (Roi) du royaume Bunyoro-Kitara et le royaume Bunyoro-Kitara ont été restaurés par l'amendement [N ° 8] Loi - Statut n ° 8, article 118 (1) - de 1993 promulgué par le Parlement de l'Ouganda et officiellement reconnu et protégé par la Constitution de la République d'Ouganda par le chapitre IV. - article 37.-, chapitre XVI. - L'article 246. (1) - (6) - de 1995 ET par l'amendement [N ° 2] Loi - calendrier V. - Article 178.8- de 2005 ET par le Supplément aux Actes [No. 4] - 6. août 2011.

3. voir Appel civil 18/94 de tous les membres du Comité de la Couronne de Prince Solomon Iguru du 25 avril 1994.

4. Bulletin royal, 050-RB-KBK-2014: The high honor of The Royal Order of Omujwaara Kondo: “The Most Honourable Omujwaara Kondo” (Hereditary Crown Knight) be styled as Perpetual Hereditary Nobility.

5. Bulletin royal notifiant la création de l'Ordre http://www.scribd.com/doc/35928052/008-Royal-Bulletin-The-Most-Honourable-Order-Chwa

6. Titles Of Ugandan Traditional Rulers, Royalty, Chiefs, Nobility And Chivalry http://czipm.org/ugtit01.html

7. Museveni pledges to address Bunyoro’s colonial injustices, Daily Monitor, Uganda http://www.monitor.co.ug/News/National/Museveni-pledges-address-Bunyoro-colonial-injustices/-/688334/3246658/-/q8tqx0/-/index.html

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