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JUILLET-AOÛT 2016

Alexandre Prokhorenko, officier russe de 25 ans, héros de la Fédération de Russie

par Olivier MENUT

Devant le mutisme des médias Français et européens, hélas coutumiers du fait, il nous a semblé important de rendre honneur à un jeune soldat russe mort en héros à 25 ans, à Palmyre en Syrie, alors qu’il allait être fait prisonnier par Daesh (ISIS) au printemps dernier.
En effet, le 17 mars 2016 alors que le jeune lieutenant Alexandre Prokhorenko, membre des forces spéciales russes est présent depuis quelques jours près de la ville martyr Palmyre en Syrie, afin de définir les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse, celui-ci réalise qu’il est découvert par les terroristes de Daesh et qu’il va être fait prisonnier.
Réalisant qu’il lui reste peu de munitions et qu’il se trouve encerclé par les terroristes et sans espoir de s’échapper, ce jeune officier d’élite a choisi de mourir plutôt que de tomber aux mains d’ISIS.
Pour cela, il fait un choix, qu’on n’apprend pas dans les écoles militaires, et demande de lui-même, un bombardement aérien sur sa propre position, alors même que les djihadistes arrivent pour le capturer vivant...
Dans un premier temps, son commandant refuse la demande insensée de son officier et lui demande de tenter de se mettre à couvert. Mais le militaire estimant que sa situation est désespérée et qu’aucune retraite n’est possible il répond à son supérieur : « ils sont proches, je suis encerclé, c’est peut-être la fin, dites à ma famille et à mon pays que je les aime tendrement ».
Les missiles russes tombent alors sur sa position, les djihadistes sont tués et Alexandre Prokhorenko a délibérément choisi de se sacrifier plutôt que de salir son honneur de soldat russe…
Cette information ne sera officiellement confirmée par le commandement russe que le 24 mars, révélant au monde l’héroïsme de ce jeune soldat !
Mais qui était le lieutenant Alexandre Prokhorenko ?
Née le 22 juin 1990 à Gorodki dans la région russe d’Orenburg, au sud de l’Oural, ce jeune garçon, surnommé Sasha par les siens, une famille modeste d’agriculteurs, est très sportif et deviendra même champion régional de course à pied. Cadet d’une fratrie de deux garçons, il souhaitait devenir militaire comme son grand-père. Il intègrera donc l’école militaire d'ingénieurs de la défense anti-missile puis avait intégré la prestigieuse Académie militaire de la Défense aérienne des forces aériennes russes dont il était sorti très bien classé.
De l’avis même de ses camarades, Alexandre Prokhorenko avait un caractère bien trempé, ne voulant jamais céder devant l’obstacle et semblait n’avoir peur de rien. Il s’était engagé dans l’armée pour donner un sens à sa vie et à ses actions. 

Emblème des Spetsnaz de la fédération de Russie
A la fin de sa formation d’officier, il rejoindra l’élite de l’armée russe au sein des Spetsnaz.
C’est fort de ce courage exceptionnel dont il semblait doté, que le jeune officier se réalisant perdu le jeudi 17 mars 2016 dans les environs de Palmyre, insista auprès de ses chefs pour que l’attaque aérienne soit menée sur sa propre position sachant qu’ainsi il se condamnait lui-même à la mort. 
Sa décision était motivée par le fait que, chargé depuis plusieurs jours de marquer sur le terrain les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse, il connaissait le risque de tomber ainsi aux mains de l’ennemi dont il était très proche. Il s’avait aussi que Daesh tenterait tout pour s’accrocher à cette ville symbole, qu’il avait pourtant martyrisée par des destructions systématiques des œuvres d’art millénaire de cette cité antique gréco-romaine lors de sa prise un an avant.
L’officier des opérations spéciales Prokhorenko avait imploré ses chefs car il ne voulait pas que : « les terroristes me bafouent, moi et mon uniforme. Je veux mourir avec dignité et que tous ces salauds meurent avec moi. S’il vous plait, c’est ma dernière volonté, lancez l’attaque aérienne. De toute façon, ils vont me tuer »… !
Après avoir confirmé sa demande une dernière fois, il s’adressa alors à son commandant pour lui demander de prendre soin de sa famille et de venger sa mort. « C’est la fin, mon commandant, je vous remercie. Dites à ma famille et à mon pays que je les aime. Dites-leur aussi que j’ai été courageux et que je me suis battu jusqu’à ce que je n’en puisse plus ».
Par ce geste, le jeune soldat rejoignait le panthéon de ces soldats magnifiques morts dans l’honneur. 
N’oubliant pas le sens profond de son sacrifice et la portée de ce geste héroïque, le président Vladimir Poutine nomma le lieutenant principal Prokhorenko au titre prestigieux de « Héros de la Fédération de Russie », et c’est à titre posthume que lui fut attribué le 11 avril 2016, la plus prestigieuse de toutes les récompenses militaires du pays.


Alexandre et Ekaterina Prokhorenko mariés en juin 2014


Le jeune Alexander Prokhorenko laisse une jeune veuve : Ekaterina qu’il avait épousée il y a 18 mois et qui porte le fruit de leur union, un premier enfant qui ne connaitra pas ce père dont il pourra pourtant être fier.
Le jour de son mariage en juin 2014, le jeune officier déclarait en effet à son épouse qu’il était le « plus heureux du monde » en ayant épousé la femme qu’il aimait et en faisant le métier qu’il avait toujours voulu faire…

Alexandre Prokhorenko était déjà titulaire de la médaille de 2° classe N° 608 du 22.12.1999 du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie « Pour la valeur militaire » et de la Médaille du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie N° 336 du 20.08.2007 « Des Diplômés des établissements d'enseignement supérieurs militaires »
L’histoire de ce héros aurait pu s’arrêter là, mais en réalité, elle ne faisait que commencer !
Estimant que le sacrifice de ce soldat pour la défense de l’Occident contre une organisation terroriste islamique, de nombreux français, outrés que le sacrifice de cet homme fût tenu secret par les médias et les autorités françaises, décidèrent d’adresser à la famille du lieutenant Prokhorenko un témoignage de leur solidarité dans ce combat de civilisation.
En effet, l’ambassade de Russie à Paris recevra peu de temps après l’annonce de la mort d’Alexandre, en avril 2016, d’étranges colis de familles françaises, qui contenaient des médailles de membres de leurs familles et destinées à l’épouse et aux parents de l’officier russe.
Certains français enverront la légion d’honneur d’un oncle déporté à Buchenwald, d’autres la médaille de la résistance d’un grand-oncle, combattant volontaire de la résistance et mort pour la France ou encore pour un troisième une croix de Guerre avec palme, d’un père membre de la 2° DB décoré pour des missions de combat en qualité de pilote de bombardier.
Avec ces colis qui contenaient les précieuses médailles familiales de ces français anonymes, des lettres étaient jointes et disaient à l’ambassadeur de Russie à Paris que : « Même sans valeur officielle, nous voulons que cette médaille soit remise à la famille de ce héros et qu’elle sache que nous sommes fiers de lui » !
D’ordinaire certains français renvoient leurs étoiles de la légion d’Honneur lorsqu’ils estiment que le chef d’état, grand-maitre de l’ordre, commet un geste contraire à la tradition d’honneur et de prestige de l’ordre.
C’est bien la première fois pourtant que des français envoient leurs propres médailles, ou celles de leurs ancêtres à la famille d’un soldat Russe afin de témoigner de leur soutien à l’héroïque geste de cet officier qui se sacrifia plutôt que de se laisser prendre prisonnier par des hommes sans honneurs.
Ce sentiment de solidarité sera relayé partout en Europe et même chez les américains pourtant si prompts à critiquer l’action décisive de la Russie en Syrie.
Une fois de plus la phaléristique (ou sciences des médailles) se mettait au service d’une cause politique et l’envoie de médailles de français à un soldat russe constituait un signe fort d’amitié entre nos peuples n’en déplaise à certains médias, dont très peu jugeaient utiles de relayer cette information…

Médailles et portrait du jeune lieutenant Prokhorenko, héros de la Fédération de Russie


Par le travail de renseignement sur le terrain réalisé par le lieutenant Alexandre Prokhorenko et par celui de nombre d’autres de ses camarades de combat, l’armée syrienne, appuyée par l’aviation russe, devait finalement reprendre le contrôle total de la ville de Palmyre le 27 mars qui était tombées aux mains de l’Etat islamique depuis mai 2015. La reconquête du terrain pouvait alors commencer. Le sacrifice du jeune lieutenant des spetsnaz n’avait pas été vain….

Soldats Syriens chargés de défende Palmyre, assassinés par Daesh lors de la prise de la ville en 2015. On peut imaginer que le jeune lieutenant Alexandre Prokhorenko ne pouvait se résoudre à être ainsi assassiné médiatiquement. Il préféra donc se sacrifier en demandant un bombardement sur sa propre position afin de tuer en même temps un maximum de terroristes djihadistes.


Par la suite le président russe, Vladimir Poutine, estimant que « les objectifs fixés au ministère de la défense avaient été atteints » ordonnera en mars 2016 le début du retrait de « la majeure partie » des forces russes présentes en Syrie.
Le jeune Lieutenant Alexandre Prokhorenko, héros de la Fédération de Russie avait ainsi contribué à la libération de cette ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco mais réduite à l’état de ruines par des barbares sanguinaires dont un jeune officier de 25 ans ne voulait pas qu’ils puissent souiller l’uniforme.
Rapatrié à Moscou, le corps du jeune lieutenant atterrira ensuite le 5 mai 2016 sur l’aéroport Chkalauski. C’est à cette occasion que la prestigieuse étoile de Héros de la Fédération de Russie créé sous le N° 2553-I le 20 mars 1992, lui sera remise à titre posthume.
Alexandre Prokhorenko sera finalement enterré dans son village natal le 16 mai 2016 entouré d’une foule nombreuse venu l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure en présence de Mikhaïl Babich, membre de la Douma d'Etat de la Fédération de Russie et envoyé présidentiel du District fédéral de la Volga.

Cercueil du Lieutenant Prokhorenko arrivant sur la base militaire de Chkalovsky près de Moscou le 5 mai 2016


Une rue de son village a été baptisée à son nom ainsi que l’école ou il a été en primaire et son père a reçu une médaille sur laquelle était gravée « aux parents d’un soldat qui est mort en héros ». Vladimir Poutine a invités les parents d’Alexandre à Moscou pour les parades militaires du « Jour de la Victoire » le 9 mai dernier.

Plaque commémorative du Lieutenant principal Alexandre Prokhorenko dévoilée sur le bâtiment de l’école présidentielle des cadets d'Orenbourg


Alexandre Prokhorenko, lui, repose dorénavant prés de ses ancêtres dans son petit village natal de l’Oural, situé a plus de mille kilomètres de Moscou. Il laisse une épouse Ekaterina enceinte de leur premier enfant, dont on sait aujourd’hui qu’il s’agira d’une fille… Alexandre lui laisse en héritage une étoile de Héros de la Patrie ainsi qu’une magnifique vidéo de mariage avec sa maman, au temps heureux où la vie s’offrait à lui avec toutes ses promesses… il devait avoir 26 ans le 22 juin dernier…

Мы не забудем Вас, Товарищ Александр ! (*)

(*) Nous ne t’oublierons pas, camarade Alexandre !

O.M.

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