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JUIN 2015

« La Bonne Conscience » de Michel MOGNIAT

Après avoir jouées deux pièces classiques (« Le cheval évanoui » de Françoise Sagan et « Le voyageur sans bagage » de Jean ANOUILH) la troupe théâtrale « Libertinage » du Département Français des Sciences et Techniques de l’Université Nationale Technique de Donetsk a voulu jouer quelque chose à l’esprit novateur et d’avant-garde. C’est la pièce, le vaudeville métaphysique, « La Bonne Conscience » de Michel MOGNIAT qui a répondu à ces critères. Il faut bien noter que ce spectacle a été joué pour la première fois en 2006, puis en France aussi, mais la troupe « Libertinage » a été la première !

Nous remercions vivement Monsieur MOGNIAT pour le plaisir d’avoir joué sa pièce et pour une belle surprise - ses magnifiques livres qu’il nous a envoyé. 

Aujourd’hui nous avons eu la possibilité de poser quelques questions à l’écrivain français Monsieur Michel MOGNIAT.


- Présentez-vous, s’il vous plaît.

- Se présenter est un art difficile, c'est toujours donner une image de soi. C'est se mettre en scène, se représenter comme on joue une pièce de théâtre et on espère que cette image sera pour le regard de l'autre le plus favorable possible.  L'un est toujours multiple, une image ne suffit pas. Mais il faut bien respecter la règle du jeu, tant sur scène qu'à la ville, afin que les choses aient un minimum de cohérence.

J'ai aujourd'hui soixante et un ans. Je gère et j'administre le site http://causepsy.fr/index.htm que vous connaissez et sur lequel figurent quelques-uns de mes textes et mes critiques d'ouvrages.

Mes centres d'intérêt ont toujours été paradoxaux, mes praxis furent constamment perçues par mon entourage autant hétéroclites qu'inattendues. Pour ma défense, je dirai que quel que soit le champ de connaissances que je découvrais ou la pratique que j'entreprenais je m'y suis tout le temps donné entièrement, suffisamment longtemps, avec application et assiduité.


- Quel est l’idée principale de la pièce « La Bonne conscience » ?

- La bonne conscience est une farce théâtrale. Je l'ai écrite sur le coin d'une table de café un après-midi pluvieux. Il y avait, à l'époque où je l'ai rédigée, une mode théâtrale qui consistait à faire participer le public au spectacle, à le prendre à témoin, aujourd'hui on dirait « interactif ». C'était une époque où tout devait être tourné en dérision, si vous écriviez quelque chose de sérieux, vous étiez de suite étiqueté et classifié comme conservateur ou rétrograde, "dépassé". Le théâtre contemporain se devait de ressembler à l'expression intellectuelle de l'époque, à l'idéologie dominante marquée par un gauchisme culturel. Le maître mot de la philosophie était alors celui de déconstruction. Fort heureusement les choses ont quelque peu changé ; l'ironie et le comique, aujourd'hui, se retrouvent dans les « one man show » ou le café théâtre et les metteurs en scène peuvent à nouveau monter des tragédies sans pour autant les « déconstruire ». Je ne sais plus qui a dit « Le théâtre ce n'est pas ça ou ça, mais ça et ça... » je partage entièrement cet avis. Si, au départ le théâtre est le miroir de la tragédie de l'existence relevant de la catharsis, le boulevard, Feydeau et Labiche ont autant de mérites que la tragédie grecque et le comique « Grand-Guignol » peut faire passer un excellent moment. L'idée principale de la pièce était de faire un mélange des genres, c'est pour cette raison que je l'ai appelée une « farce ».


- Pourquoi avez-vous choisi La Conscience, L’Inconscient, Le Temps, La Mort et Un Monsieur comme héros ? Parlez de nous de ces héros.

- Parce que ces « personnages » permettent de donner une intensité dramatique au côté Grand-Guignol de la pièce. La Conscience et l'Inconscient sont bien évidemment des personnages sortis de la pensée freudienne. le Temps et la Mort sont des entités philosophiques auxquelles chacun de nous est confronté un jour. Dans La Bonne conscience, tous ont conservé leur personnage réel de comédien jouant dans une MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) de province. Chacun des personnages alterne entre son « réel » et la pièce qu'il est en train de jouer. Le Monsieur est en fait, on pourrait le croire, le seul qui ne mélange pas son jeu théâtral à son véritable personnage. Lors de sa brève entrée en scène, il n'est pas un comédien jouant un rôle, mais bien le Directeur de la MJC, il est lui-même, naturel, vêtu de ses habits de ville. Mais lorsque, à l'acte II La Mort le happe avec sa faux, il meurt... Où se trouve le réel ?


- Avez-vous d’autres œuvres ou laquelle vous apparaît la plus importante ?

- Au niveau théâtral je n'ai pas d'autres œuvres que celles publiées à ce jour. J'avais écrit une première tragédie de type classique « Axnos » qui est épuisée. Mais cette œuvre n'avait pas la puissance ni l'intensité dramatique d'« Antigone » que j'espère voir monter dans les années à venir. Mais le théâtre, en France, est en crise depuis qu'il existe des salles ! De plus, il reste un milieu assez clos où chaque metteur en scène monte, soit ses propres spectacles, soit ceux de ses relations directes. À moins d'être connu ou d'être un auteur à succès, il y a peu de chances qu'un metteur en scène prenne le risque de monter un auteur qui  n'est pas reconnu par la corporation, surtout une tragédie en alexandrins.

L'écrit que je considère le plus important est mon étude post-psychanalytique sur le masochisme « Le masochisme sexuel ». Il a reçu un accueil enthousiaste de la part de certaines personnes ayant autorité dans le domaine de la sexologie ou de la psychanalyse, leurs critiques furent très élogieuses. Mais l'ouvrage fut passé sous silence par la majorité, car il sort des idées reçues et des théories étroites admises sur le sujet.


- Quels livres ou bien auteurs vous ont le plus influencé ?

- J'allais vous répondre : beaucoup ! Mais là aussi, il faut que les choses aient un minimum de cohérence. Mettons, comme le veut la question traditionnelle que, si je devais emporter sur une île déserte les ouvrages de deux auteurs je prendrais ceux de Louis Ferdinand Céline et ceux de Marguerite Yourcenar. Pourtant leurs écritures ne se ressemblent en rien. Très « académique » chez Yourcenar, avec des mots ciselés à la perfection, chacun de ses livres est un véritable travail d'orfèvre où chaque phrase est un joyau auquel les mots servent d'écrin.

L'écriture de Céline, elle, est un jaillissement, une pulsation, une inscription dans le réel de la chair, Céline est une viande humaine de laquelle les mots fusent en tous sens. Quand il ne se met pas à écrire comme lui, chaque auteur contemporain est redevable de quelque chose à Céline. Yourcenar, qui était une femme libre et moderne a laissé à la littérature son corset victorien qui l'enserre à la taille avec rigidité mais qui lui donne une silhouette raffinée et la rend prodigieusement belle. Céline a « décorseté » la littérature, lui a rendu sa liberté de mouvement, sa légèreté et sa grâce. Bien sûr, Céline sent le souffre, mais la littérature, tout comme le théâtre ce n'est pas ça ou ça, mais ça et ça. 

 

- Avez-vous de nouveaux projets littéraires en cours ?

- Bien sûr, comme tout un chacun j'ai un projet en cours. Il aurait déjà dû sortir en librairie, mais je suis paresseux. Mon prochain ouvrage ne sera ni une fiction, ni un essai. Ce sera une collecte de souvenirs sur lesquels je brode des réflexions, des remarques, des anecdotes. Pas des mémoires, je suis encore bien trop jeune pour ce genre d'exercice. J'essaie de me gendarmer afin de ne pas dévier vers la théorie à partir du souvenir personnel romancé, mettons que cela devrait ressembler à une écriture libre, de la vraie « littérature » de quoi largement se casser la figure !

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