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AVRIL 2017

Le président Truman et le procès de la CIA (décembre 1963)

par Nicolas BONNAL

Le 21 décembre 1963, un mois après un inopiné accident de voiture, l’ex-président Truman, célèbre pour sa doctrine éponyme, sa Guerre Froide, sa bombe d’Hiroshima, sa guerre de Corée, sa bombe de Nagasaki, son Otan et autres merveilles rédige une maladroite lettre publiée le matin et censurée le soir-même. 

Il s’interroge sur le destin de son enfant terrible, la CIA. Et sans le vouloir il nous révèle (confesse ?) plus de choses que dix imaginatifs articles conspiratifs. Cochin et Tocqueville nous le disaient déjà (lisez mon livre sur Littérature et conspiration) : pourquoi en effet avoir recours aux conspirations quand il s’agit le plus souvent de pratiquer la théorie de la constatation dans les textes officiels ? 

Le système est en effet sûr de lui et ne cesse de confesser ses crimes et ses erreurs, aimant se fier à notre distraction !

Et Truman regrette le détournement et la détérioration de la CIA (pour notre ami Ralph Raico, la CIA est dès le début « comiquement inepte », inspiratrice de coups pourris et des pires scénarios hollywoodiens –voyez et revoyez le génial film germano-américain Red avec Bruce Willis). Et cela donnait ceci : Truman rappelle que l’on avait besoin d’intelligence et d’informations pour mieux agir. Son efficacité, écrit-il avec pompe, dépend de la qualité de ses informations.

Or cette information, toute cette intelligence s’entasse et devient encombrante. Il y a tant d’agences et de sous-branches qui en collectent… Truman précise alors qu’il en résulte des conclusions conflictuelles. Cela le rappelle cet ordinateur qui pronostiquait la victoire au Vietnam pour 1965. On était en 1967. Le temps passe, surtout si on ne sait pas le remonter.

Conclusions conflictuelles, Mr le président ? Les uns prônent le bombardement les autres l’extermination ?

Enfin, une belle cerise sur le gâteau : l’ex-mandataire de la plus grande puissance du monde (et de tous les temps d’ailleurs) rappelle que l’on accumulerait des rapports orientés pour renforcer des décisions déjà prises (l’Irak et les ADM ; la Russie et ses invasions ; la Syrie et ses armements chimiques ; l’Iran et le terrorisme).

C’est à croire que les sévices secrets travaillent comme notre presse aux ordres. Comme les courtisans du roi nu d’Andersen ils s’aveuglent pour mieux servir les desiderata du nouveau pion élu ! Iran, prends garde.

Quartier général de la CIA en 1960


De toute manière un président ça sert d’abord (comme la géographie de notre Yves Lacoste) à faire la guerre. Que lui importe l’intelligence alors ? A creuser un peu plus le déficit budgétaire alimenté par une dette immonde infinie. Mon vieux maître John Flynn se plaignait de la dette à 46 milliards, de la dette à 252 milliards, on a maintenant la dette à vingt mille milliards, demain à trois millions de milliards. 

Les mécontents et les iraniens iront se faire voir sous le futur tapis persan de bombes avec la bénédiction de nos rédactions.

On continue avec notre lyrique ex-président (un ex-président est souvent converti en clown, revoyez l’émouvant film Point Break). Il voulait une organisation spéciale pour synthétiser les rapports de toute source disponible. Truman voulait une information sûre et à l’état pur (natural raw) comme le pétrole Texan. 

Les années passent et le jouet coûteux et comiquement inepte s’enraye très vite : l’ex-président explique que la CIA a été détournée de ses objectifs premiers, que cela pose problème et accroît les difficultés dans des zones explosives ! Truman ajoute qu’il n’avait pas pensé qu’un temps de paix (les USA en temps de paix ?) la CIA serait projetée dans des opérations cape et poignard (cloak and dagger ! Revoyez les meilleurs Gary Cooper. Truman ajoute que cela ne fait pas une bonne publicité à la vieille maison. La CIA est alors considérée comme un « symbole de d’intrigue étrangère sinistre et mystérieuse, et un sujet pour la propagande ennemie de la guerre froide. » 

Comme on sait tout s’est bien terminé, une grande partie des anciens bureaucrates communistes ayant fait de leur pays une « plantation coloniale » (Eric Zuesse) pour les capitaux américains : Chine, Vietnam, la Russie sous Eltsine. 

Truman se sent un peu plus en position de faiblesse : il rappelle que la propagande communiste et anticoloniale insiste beaucoup sur la violence des opérations US. Donc il faudrait éviter que la CIA soit considérée comme opérant une influence subversive dans les affaires des autres peuples. A transmettre à Sarkozy et à Hollande.

Je serai devenu bien d’accord avec la vieille propagande communiste et antiimpérialiste de l’époque : le capitalisme exploiteur, les fauteurs de guerre (war-monger), les monopoles, l’impérialisme yankee, tout cela ne me semble pas du tout un non-sens…

Après cette confession au Grand Architecte de cet Univers, le vœu pieux, toujours dans un anglais d’opérette : il faut restaurer la CIA dans ses objectifs originaux de bras de l’intelligence du président.

Tu parles comme ils t’ont écouté, Harry. Le soir-même l’article de l’ancien président était censuré partout. On le retrouve aujourd’hui, mais comme nous sommes peu à le lire, et peu à lire !

Une autre cerise sur le gâteau : nous avons grandi comme une nation respectée pour ses institutions libres et notre capacité à maintenir une société libre et ouverte (free and open society). 

Open society, notre société ouverte ? On croyait que c’était Soros. Il faudra d’ailleurs qu’un jour j’explique ce que cela veut dire à la lumière de Bergson. 

En tout cas on n’est pas sortis de leur auberge américaine !

Terminons ; sur la Cia et l’intelligence, on oublie le pauvre Jean et on rappellera ces fortes paroles du bon Job : se retirer du mal, c’est l’intelligence.


N.B.


Bibliographie

Bergson – Les deux sources de la morale et de la religion

La Bible – Job, 28

Nicolas Bonnal – Littérature et conspiration ; les grands auteurs à l’âge des complots (Dualpha)

John T. Flynn – Forgotten lessons (Mises.org)

Ralph Raico – Great leaders, a libertarian rebuttal (Mises.org)

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