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MARS 2016

Chronologie d'une mort annoncée - 1989-1990. Disparition de la NVA, pilier du pacte de Varsovie 2/3

par Alexandre WATTIN

La NVA en pleine transition démocratique

L’armée est-allemande était réputée comme une armée redoutable car ces équipements et son niveau d’engagement opérationnel étaient jugés comme particulièrement performants et inquiétants par les spécialistes et hauts responsables de l’OTAN. Mais suite aux évolutions politiques en RDA comme en URSS, et convaincu de l’inéluctable réunification, nombreux furent les jeunes allemands de l’Est qui ne répondirent plus aux convocations d’incorporation pour faire leur service au sein de la NVA. Cela eut des répercussions notables sur les effectifs de l’armée de la RDA qui passa de l’ordre de 137 000 hommes à moins de 90 000 hommes, toutes armées confondues... 

Le 18 mars 19901, à l’issue des premières élections libres en RDA la chambre du peuple2 voit la victoire du parti « Alliance pour l’Allemagne » favorable à une réunification prochaine. Le nouveau ministre du désarment et de la défense se nommera Rainer Eppelmann3. Il prend ses fonctions le 18 avril 1990 et désigne le 24 avril 1989 l’Admiral Theodor Hoffmann commandant de la NVA, poste crée à cette occasion.

Le 26 Avril 1990, la Chambre du peuple de la RDA notifie à tous les membres de la NVA qu’elles prêteront dorénavant un serment modifié. Ainsi le 20 Juillet 1990, date anniversaire de l’attentat contre Hitler, et pour la première fois dans l'histoire de la RDA, tous les soldats de la NVA récitent la nouvelle formule qui exclut la défense du socialisme4. Ceux qui refusaient étaient passible d’un renvoi immédiat. Afin d’éviter que trop de personnels qualifiés profitent de cette opportunité pour quitter aussitôt le service. Les autorités ont jugés utiles de n’autoriser les démissions qu’à compter de la fin décembre 1990.

Le 28 mai 1990 Rainer Eppelmann rencontre son homologue de la République fédérale d’Allemagne, Gerhard Stoltenberg5 à Strausberg6. Cette rencontre devait servir à établir une directive-cadre sur les contacts qu’entretiendront les deux armées. Mais de façon inévitable se posait la question sur l’avenir de la NVA dans une Allemagne réunifiée. Une des solutions préconisées par le ministre Eppelmann consistait à une coexistence momentanée des deux armées; propositions immédiatement rejetée par Stoltenberg pour lequel il ne pouvait qu’exister qu’une seule armée allemande. Il caractérisa sa pensée par la formule : « Un Etat - une armée ». 

Lors de ces entretiens Eppelmann aborde également l’intérêt porté par les pays de l'OTAN et les pays du Pacte de Varsovie au rapprochement entre les deux armées allemandes:

« Nous sommes conscients qu’un processus a été lancé, qui n’affectera pas seulement nous, les allemands. La coopération germano-allemande dans le domaine militaire doit pour cela être traité avec le soucis de prendre en compte les intérêts de sécurité des États des deux alliances ».

Le 16 Juillet 1990, Mikhaïl Gorbatchev et Helmut Kohl conviennent après deux jours de pourparlers à Moscou et dans le Caucase de la pleine souveraineté de la future Allemagne unie et du libre choix de l'alliance militaire7. Ainsi furent définitivement scellé l'adhésion à l'OTAN de l'Allemagne réunifiée et le sort de la NVA. 

Le 23 aout 1990 les autorités est allemandes ordonnent à toutes les unités de combats de retirer toutes les munitions embarqués dans les véhicules de combats, les bâtiments de la marine et avions de chasse et de bombardement. Cinq jours plus tard une unité de précurseur de la Bundeswehr s’installe au sein du ministère du désarment et de la défense de la RDA afin de préparer la prise de fonction.

Le traité d'unification8, signé le 31 Août 1990 pour entrer en vigueur le 3 Octobre 1990 signe officiellement la prise de contrôle de tous les soldats actifs de l'ex-NVA dans la Bundeswehr et le 24 Septembre 1990, fut signé le protocole entérinant le retrait définitif des troupes de la RDA du pacte de Varsovie entre Rainer Eppelmann et général d'armée Pyotr Luschew9 commandant en chef des Forces armées Unies. 

Dès le 1er septembre les nouvelles recrues de la NVA furent entrainées selon le règlement en vigueur au sein de la Bundeswehr et le 9 septembre débuta pour 280 officiers de l’armée de l’air de la NVA une formation en vue de se préparer à leur nouvelle fonction d’officier dans une armée de l’OTAN.

Le 3 octobre 1990 

Cette date est restée dans le souvenir collectif non seulement la date de la réunification allemande mais aussi la fin des régimes communistes en Europe. Après une séparation de 45 ans, les deux Allemagnes sont à nouveau réunies. Ce même jour le dernier ministre du désarmement et de la défense de la RDA remet officiellement la NVA entre les mains du ministre fédéral de la défense Gerhard Stoltenberg. A minuit les ex-officiers de la NVA trinquèrent à la réunification allemande et lorsque les autorités quittent la réception les gardes à l’entrée du bâtiment avaient déjà permuté leur uniforme en tenue kaki de la Bundeswehr arborant désormais le drapeau propre à l’Allemagne de l’ouest.

Dès cette date l'ensemble des forces armées allemandes portent désormais le nom de Bundeswehr, c’est la fin officielle de la NVA qui fut une des armées les plus redoutées après les forces armées soviétiques. Quelques seize jours plus tard -tout fraichement incorporés par la NVA - les premiers jeunes conscrits des nouveaux Länder prêtent leur premier serment à Bad Salzungen, sur le sol de l'ancienne RDA et jurent de servir fidèlement la République fédérale d'Allemagne. 

Ce ne sont pas moins de 585 000 hommes10 sous les armes que compte l’Allemagne réunifiée. La Bundeswehr devient quasiment une des plus puissantes de l’OTAN et la première en Europe. Mais cette situation de déséquilibre militaire ne peut perdurer, conformément au Traité deux-Plus-Quatre11 signé le 12 septembre 1990.

L’Allemagne réunifiée s’est engagée à réduire ses effectifs à un plafond de 370.000 soldats dans toute l'Allemagne répartis de la manière suivante : 320.000 soldats dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest et 50.000 soldats devant être stationnés dans les nouveaux Länder. Cet accord engageait les Allemands à réduire drastiquement la force globale de leurs troupes d'ici le 31 Décembre 1994. 

Mission impossible ?

La tâche du ministère fédérale de la défense semblait insurmontable. En neuf mois il fallait gérer et dissoudre les personnels d’une armée avec sa composante terrestre, aérienne et maritime, assainir les casernes, les ports militaires les bases ainsi que des camps d’entrainement ainsi que des hôpitaux militaires. Mais il fallait avant toute chose comptabiliser les tonnes de matériels militaires et civils produit depuis des décennies par la NVA. 

Avec plus de 15 000 systèmes d’armes lourdes et plus de 30 000 tonnes de munitions et 1,2 millions d’armes à feu ce chantier ne paraissait pas pouvoir se terminer à temps. Pour ce faire il fallait trouver un officier de talent, en mesure de pouvoir réaliser l’impossible. Pour mener à bien cette mission très sensible le ministre de la défense avait porté son choix sur un officier général à la carrière exemplaire, qui durant de nombreuses années a fait preuves des plus belles qualités dans ses nombreuses affectations et avait la confiance politique du gouvernement.

Jörg Schönbohm, est natif du Brandebourg une région de l’Est de l’Allemagne dont il dû fuir en 1945 devant l’arrivée des troupes soviétiques. Sa famille s’installe en Hesse où il poursuit ses études. En 1957 il s’engage comme élève-officier dans la Bundeswehr nouvellement crée et choisi de servir dans l’artillerie. S’ensuit alors le parcours typique de tout officier de corps de troupe où il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie. 

En 1973 il est affecté à Brunssum comme officier d'état-major au siège des forces alliées de l'OTAN en Europe centrale. En 1976 il prend son temps de commandement au sein du 85ème bataillon d’artillerie blindée à Lüneburg. S’ensuit une affectation dans la capitale fédérale Bonn pour occuper la fonction de conseiller dans le Département du personnel du ministère de la Défense. 
En 1979 il devient chef de division à l’état-major interarmées des forces armées. Suite au changement gouvernemental le nouveau ministre de la défense Manfred Wörner12 l’attache à son service comme aide de camp. Nommé général de brigade en 1983 il prend le commandement de la 21ème brigade blindée d’Augustdorf. 

De retour à Bonn en 1985 ont lui donne le poste de directeur adjoint planification du ministère de la Défense. Entre temps son mentor devient secrétaire général de l’OTAN et Schönbohm se voit proposer en 1988 le commandement de la 3ème division blindée. 

Le 5 Janvier 1989, nommé entre temps lieutenant-général13 il revient au ministère de la défense pour reprendre son poste au sein du ministère de la défense mais cette fois ci comme directeur de l’état-major planification. S’appuyant sur ses mérites, son expérience et son engagement politique le ministre le charge de cette difficile mission historique…

(suite et fin dans le prochain numéro de Sans Frontières »)

A.W.

1Pour la première fois depuis quarante ans, le 18 mars 1990, les citoyens de la RDA peuvent voter librement. La CDU et le Renouveau démocratique (DA) recueillent 41,7 % des voix, le SPD en obtient 21,9 %, l'Union sociale allemande, 6,3 % et les libéraux, 5,9 % tandis que le SED – jusqu'alors tout puissant et qui s'est entre-temps rebaptisé «Parti du socialisme démocratique (PDS)» – obtient 16,4 % des voix. C'est un vote pour une réunification accélérée. Lothar de Maizière prend la tête d'une coalition se composant de la CDU, de la DSU, de la DA, du SPD et du FDP. Le gouvernement Kohl convient avec lui d'un échéancier pour une Union économique, monétaire et sociale au 1er juillet 1990. Il n'y a désormais plus aucune base économique à la poursuite d'une RDA indépendante en tant qu'Etat.

2La Chambre du peuple (Volkskammer) était le parlement de l'ancienne République démocratique allemande. Son rôle dans le système politique de l'Allemagne de l'Est était cependant très limité. Dès les premières élections en 1950, le scrutin se faisait sur une liste unique (le « front national » qui regroupait les différents partis politiques) et n'était en pratique pas secret (il y avait des isoloirs mais les utiliser ou rayer un nom d'une liste était mal perçu). Malgré ces conditions, les élections étaient parfois truquées pour augmenter le score affiché (généralement autour de 98-99 %).Le 18 mars 1990, les dernières élections à la Chambre du peuple se déroulent pour la première fois avec des listes multiples et conduisent à une victoire inattendue de la CDU, portée par son association avec le parti ouest-allemand correspondant et la promesse d'une réunification rapide. De 1976 à 1990, la Chambre de peuple siégeait au palais de la République (Palast der Republik) à Berlin-Est, bâtiment depuis démoli.

3Rainer Eppelmann, né le 12 février 1943 à Berlin était un homme politique est-allemand puis allemand. En 1990, il est le ministre du Désarmement et de la Défense au sein du gouvernement de la RDA, durant la période de transition qui suit la chute du mur de Berlin et précède la réunification allemande. 

4Le serment au drapeau était obligatoire pour tous les conscrits de l'Armée populaire nationale (NVA) à l’occasion de la prestation de serment. Le texte faisait partie intégrante de la loi sur le service militaire. Initialement désigné comme un engagement, il devint en 1962 un serment au drapeau. Les unités de travaux, les membres des troupes frontalières de la RDA, la police populaire et le ministère de la Sécurité d'Etat prêtaient un serment d'allégeance modifiée. La Chambre du peuple a modifié le 26 Avril 1990 le contenu du serment. Avant la prestation de serment se faisait le 20 Juillet jour anniversaire de l’attentat contre Hitler. 

5Gerhard Stoltenberg, né le 29 septembre 1928 à Kiel et mort le 23 novembre 2001 à Bad Godesberg, est un homme politique allemand, membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU). En 1982, à la suite de l'arrivée au pouvoir d'Helmut Kohl, il est désigné ministre fédéral des Finances, puis ministre fédéral de la Défense lors d'un remaniement ministériel en 1989.

6Strausberg se trouve à 33 km à l'est du centre de Berlin. Elle fait partie de la région métropolitaine de Berlin-Brandebourg. Vieille ville de garnison elle devient en 1954, quartier général de la police populaire. En 1956 elle devient, avec la fondation de l'Armée populaire nationale (NVA), siège du ministère de la Défense nationale. En 1957 Strausberg devint siège du commandement de l'Armée de l'Air et de la défense aérienne. Dans cette caserne se trouvait également le régiment de la Garde Hugo Eberlein. Dès 1990 a commencé le déploiement d'unités de la Bundeswehr. 

7Michaïl Gorbatchev accepte effectivement l’idée que l’Allemagne unifiée soit 100% souveraine, ce qui implique qu’elle peut choisir d’appartenir à l’alliance militaire de son choix. En échange de cet accord, l’Allemagne s’engage notamment à renoncer aux armes ABC, A pour atomiques, B pour bactériologiques, C pour chimiques. A l’issue des discussions, les deux dirigeants donnent une conférence de presse commune, retransmise en direct par les télévisions russe et allemande. Conférence au cours de laquelle Helmut Kohl souligne l’importance historique de ces entretiens caucasiens

8Le traité d'unification (Einigungsvertrag) signé entre la République fédérale d'Allemagne et la République démocratique allemande établit les grands principes de mise en place de la réunification des deux États, l'adhésion à la RFA de la RDA et l'unité allemande. En 1990, le traité entre les deux États allemands est négocié à la suite de la chute du mur. Le texte a été approuvé le 20 septembre 1990 par la Chambre du peuple de la RDA (299 votes en faveur, 80 contre, une abstention). Le même jour, le Bundestag (Diète fédérale de la RFA) approuve le traité (442 voix pour, 47 contre, 3 abstentions). Le pré-requis pour l'entrée en vigueur en vertu du droit international du traité d'unification a été la conclusion du traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne dit « traité deux plus quatre », dans lequel les quatre puissances ont renoncé à leur droits sur le territoire allemand.

9Pyotr Georgievich Luschew né le 18 Octobre 1923 à Poboischtsche, Gouvernement d'Arkhangelsk; † 23 Mars 1997 à Moscou était un général de l'armée soviétique et commandant suprême de 1985 à 1986 du Groupe des forces soviétiques en Allemagne. Dernier commandant en chef du Pacte de Varsovie en Septembre 1990, il a scellé la sortie de l'Armée populaire nationale (NVA) de la RDA dans cette alliance militaire.

10Et 215 000 personnels civils.

11Le Traité de Moscou, également appelé Traité quatre plus deux ou Traité deux plus quatre est un accord international entre les représentants des deux Allemagne (Allemagne de l'Ouest et Allemagne de l'Est), ainsi que les quatre puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS. Sa signature le 12 septembre 1990 à Moscou ouvrit la voie de la réunification allemande. Son nom officiel est « Traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne ». Très court, ce traité, qui se compose d’un préambule et de dix articles, fixe avec précision le statut international de l’Allemagne unie au cœur de l’Europe, avec le consensus tacite de tous ses voisins. Le traité réglemente de nombreuses questions liées aux Affaires étrangères des deux États allemands, telles que le tracé des frontières extérieures, les appartenances aux alliances, et les forces militaires. Avec ce traité l’Allemagne retrouve sa souveraineté pleine et entière et redevient un État comme les autres.

12Manfred Hermann Wörner, né le 24 septembre 1934 à Stuttgart et décédé le 13 août 1994 à Bruxelles, était un homme politique allemand. Après avoir présidé, de 1976 à 1980, la commission de la Défense du Bundestag, il a été, de 1982 à 1988, le premier à occuper le poste de ministre fédéral de la Défense dans la coalition noire-jaune d'Helmut Kohl. Il est ensuite devenu secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) jusqu'à sa mort.

13Generalleutnant est un grade d'officier général de l'Armée allemande et équivaut à celui de général de corps d’armés en France.

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