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FÉVRIER 2016

La France en crise

par Michel MOGNIAT

Dire que la France est en crise n’est pas un scoop de journaliste. Il est également inutile d’être un fin limier de l’analyse politique pour s’en apercevoir : l’habitant le plus ignorant du village le plus reculé de nos montagnes l’entend quotidiennement à la radio et à la télévision depuis des lustres. Certes, la France, comme tous les pays développés ou ceux en voie de développement est tributaire du cours du pétrole et de celui des matières premières. Elle reste également tributaire des crises économiques et financières, la dernière remontant à 2008, la fameuse crise dite des subprimes. Mais ces crises économiques sont des crises conjoncturelles, qui, si elles peuvent apporter des catastrophes et des effondrements budgétaires, ne sont rien en regard de la crise structurelle qui taraude la France depuis plusieurs décennies. La politique a évolué depuis le Gouvernement Provisoire ; il y a eu la Quatrième République, puis la Cinquième, voulue et établie par Charles de Gaulle. Si elles furent des crises « institutionnelles » en 1945 et sous la Quatrième République, on peut aujourd’hui qualifier cette crise française de structurelle. Mais la Constitution de 1958, censée éviter ces crises, reste pérenne, malgré les nombreuses modifications qui lui ont été apportées.  


Le Général Charles de Gaulle

Que l’on soit gaulliste ou antigaulliste, force est tout de même de reconnaître que le personnage et sa république « monarchique » avaient rendu son blason et sa noblesse à la France, sa représentation au premier rang dans le concert des nations. La France était rayonnante, écoutée, crainte. Elle était redevenue une puissance économique, militaire et nucléaire. Après n’avoir été qu’une ombre inexistante au regard des empires qui se sont partagé le monde à Yalta (URSS, Etats-Unis, Grande Bretagne) la France, à nouveau, jouait un rôle international de premier plan. Sur le plan intérieur, après quelques soubresauts, elle avait également retrouvé et même dépassé le niveau qui avait été le sien avant la catastrophe de 1940. 


La prospérité n’était pas un vain mot, les ouvriers achetaient des autos, accédaient au confort de la modernité et les livrets d’épargne étaient bondés. Le chômage était inexistant, il n’était qu’un accident de parcours temporaire dans la vie du travailleur et ne s’installait pas dans la durée. Il était pourtant un souci majeur du gouvernement d’alors, même le chômage des cadres, dont certains hebdomadaires nous rebattent aujourd’hui les oreilles, était pris au sérieux :


« On part d’un constat : le chômage des cadres ; il affecte 3000 personnes. Que faire ?...» (Conseil des Ministres du 27 janvier 1967, -Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Tome I-).


Il y a aujourd’hui, en France, plus de 200 000 cadres au chômage. 

 

Certes, il est facile de dire que cette prospérité était justement liée à la conjoncture : c’était l’époque des trente glorieuses ! La population de cadres était beaucoup moins importante que celle d’aujourd’hui, il faudrait faire un parallèle dans les pourcentages etc. Curieusement cependant, c’est à la fin de cette période de grande prospérité que les choses commencèrent à se dégrader. Curieusement aussi, le dernier monarque abdiqua en 1969. 

C’est peut-être de là qu’il faut dater cette crise « structurelle » de la France. Les pays voisins, bon an, mal an, tout comme la France, furent eux aussi touchés par des crises épisodiques, conjoncturelles, et s’en sont plus ou moins relevés pour connaître la prospérité. Pas la France qui s’enfonce lentement, mais inexorablement depuis cette période. Bien sûr, tous les économistes vous diront que les causes sont à rechercher dans la flexibilité du travail, dans la facilité de licenciement des pays anglo-saxons, et chiffres à l’appui, vous démontreront par A + B que le libéralisme avancé est la solution.

Si la France ne s’en sort pas et s’enfonce depuis les années soixante-dix, les chocs pétroliers successifs, s’il ont leur part de responsabilité, n’en sont pas l’essentiel. Les autres pays européens ont eux aussi subi ces chocs. La crise qui affecte la France est plus profonde, et nos voisins européens commencent à connaître le même type de crise : la crise structurelle !

Pour bien comprendre cette crise structurelle il faut comparer la France à ses pays voisins : Italie, Espagne, Allemagne et Angleterre etc. Or, que constate-t-on ? L’Italie, l’Espagne et le Portugal sont des pays d’émigration, en 15 ans, de 1900 à 1915, plus de 8 millions d’Italiens ont émigré, certes, pas tous en Europe, mais une grande partie tout de même. En 1913, le pic atteignit 900 000 départs !

Cette immigration intra-européenne a posé très peu de problèmes aux pays d’accueil, la religion étant la même, la culture identique, les mœurs et coutumes différaient très peu. Si les immigrés d’alors conservaient une nostalgie de leurs pays d’origine, l’intégration était une machine efficace à fabriquer du citoyen français.


Si l’Angleterre et l’Allemagne furent des pays d’immigration, le nombre d’immigrés que ces deux pays accueillirent - avant le choc actuel - n’est en rien comparable à celui de la France moderne. Depuis le décret sur le rapprochement familial de 1973, la France accueille chaque année, légalement 200 000 personnes immigrées. Le nombre de clandestins étant par nature inchiffrable, si ce n’est par le nombre élevé de « régularisations ». 

Or, aujourd’hui la donne a changé : l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre et même les pays nordiques connaissent à présent les effets de l’immigration de masse. Ces pays en sont au tout début de leur crise structurelle. 

Si les vagues d’immigration successives qui ont touché la France entre les deux guerres mondiales ont pu être absorbées, il n’en sera pas de même pour les vagues actuelles. La culture des nouveaux arrivants diffère totalement de celles des arrivants européens qui les ont précédés. Les repères culturels et religieux des nouveaux arrivants ne sont pas les mêmes que ceux qui sont venus dans la première moitié du XXème siècle.  

L’incorporation à la collectivité nationale par le biais de la scolarité s’est avéré, en grande partie, être un échec. L’école ayant abandonné sa mission secondaire : l’assimilation. Les descendants de ces nouveaux arrivants, par le biais des moyens actuels de communication, la télévision par satellite et l’Internet, conservent souvent les mêmes repères que leurs parents. Là se situe le nœud gordien de la crise structurelle. 

L’assimilation des nouveaux arrivants cède la place au développement du communautarisme, changeant le tissu national. Ce n’est pas un hasard si l’idée d’un débat sur « l’identité nationale » a été lancée en 2009. Il est aussi absurde que paradoxal qu’une nation pluriséculaire comme la France s’interroge sur son identité. Si la France a pu se relever des catastrophes de 1870 et de 1940 par son unité de pensée, d’adhésion aux mêmes valeurs, à la même culture, il n’en sera pas de même lors d’un prochain séisme. Séisme qui viendra aussi de l’intérieur, de l’identité française.


Cette crise structurelle agit en synergie avec la dégradation de la classe politique. Un ministre trichant le fisc était une chose impensable sous la présidence de de Gaulle, c’est aujourd’hui une banalité quotidienne. La quantité de scandales politiques de la Cinquième République actuelle dépasse largement celle de la Troisième, et ils furent légions !

Sous les ors de la République, les grands commis de l’État ont été remplacés par les parvenus du pouvoir qui pensent naturel de se servir avant de servir. Lorsqu’ils servent, ils servent très souvent une idéologie mortifère, antinationale. Si, hier, une opposition véritable existait par le jeu politique, et disons-le, par un Parti Communiste fort et puissant, les communistes d’aujourd’hui ne sont plus tout à fait les mêmes... . Ils ne crient plus rouge, ils brament vert. Leurs ainés communistes actaient le changement, eux le subissent. Leurs ainés communistes avaient une culture marxiste, eux ont un abonnement à Télérama. Leurs ainés communistes avaient des meubles en formica, eux se meublent chez Ikea.

 

Pas plus qu’il n’y a de véritable opposition à gauche, il n’y en à droite, dans les formations parlementaires. Une femme politique, membre du parti gaulliste « historique » a subi de graves sanctions pour avoir cité des propos du Général de Gaulle. Autant dire que l’on puisse se faire exclure du Parti Communiste pour avoir cité Marx ou Lénine !

Tous veulent plus de libéralisme, plus d’Europe, plus de mondialisme : il faut chercher à la loupe un homme ou une femme politique de la droite parlementaire qui dénonce avec persistance la rédaction secrète des nouveaux accords du traité transatlantique appelé également TAFTA et qui n’est rien d’autre que la mort programmée des États. Jadis, le quatrième pouvoir (la presse) était un véritable contre-pouvoir. Mais l’explosion des mass-média n’a apporté aucune diversité, elle a uniformisé l’information et le mode de pensée. La presse, à quelques exceptions près, est devenu un outil de propagande au service du politiquement correct, du consensualisme mou. Certes, à l’heure de l’Internet et des réseaux sociaux, les médias traditionnels ne peuvent plus passer sous silence des pans entiers de l’information. Mais cette information, lorsqu’elle est divulguée, est arrangée, retaillée, remodelée, afin d’être assimilée d’une manière correcte par un public docile et endormi dans le sentimentalisme lénifiant des séries télévisées. L’exemple le plus frappant concerne les vagues de réfugiés de ces deux dernières années. Les télévisions exhibaient toujours des familles, des enfants, fuyant leur pays en guerre en quête d’un avenir meilleur. Or, de nombreux sites Internet montraient d’autres images : on sait aujourd’hui, et les politiques le reconnaissent enfin, que la majorité de ces migrants sont des hommes jeunes, entre quinze et trente-cinq ans et qu’ils ne viennent pas forcément de pays en guerre. 


Mais si quelques membres du personnel politique reconnaissent les faits, les grands médias continuent de jouer la carte de la propagande consensualiste : les chefs d’états protégeant leurs frontières sont rapidement traités de fascistes, de racistes ou de réactionnaires à la télévision et dans les journaux quotidiens ou hebdomadaires. Tout dépend de l’humeur des temps et des qualificatifs à la mode.


Tout semble être en place, en France, pour une implosion du pays : 

Une classe politique corrompue et lâche, sans ambition et, disons le mot, sans patriotisme. Une classe politique, formée aux USA et qui se vend au plus offrant : les monarchies pétrolières du golfe arabo-persique ou l’ultra libéralisme américain. 

Une population disparate, hétérogène, sans aucune unité de référence et un appétit des multinationales qui n’ont jamais eu les dents aussi longues ! 

Reste à prédire la date et le jour de cette catastrophe programmée, je ne m’y hasarderai pas. D’autant que cette crise structurelle ne touchera pas tous les pays européens de la même façon. Contrairement aux apparences, certaines nations semblent avoir encore une toute petite marge de manœuvre, pas la France. 


Certes, on peut jouer sur les mots, temporiser et dire que cette crise migratoire, datant seulement de quelques décennies est conjoncturelle. Elle ne l’est pas. Elle change la structure des nations par la composition de leurs populations, elle est bien une crise structurelle.


M.M.

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