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JANVIER 2017

Un chant que la révolte traverse comme une flamme

par Erwan CASTEL

Le seuil d’une nouvelle année est toujours un moment privilégié pour l’espérance des temps à venir et le bilan de l’année passée, et ne transigeant pas à cette coutume universelle, je vous adresse ici mes meilleurs vœux pour 2017, surtout une santé d’acier pour pouvoir par vos actes réaliser par vous-mêmes vos rêves les plus chers...

2016 fut une année riche en événements de par le Monde et dans le Donbass en guerre où l’effondrement de Kiev se confirme mais aussi, comme « un monstre qui en se noyant fait les grosses vagues », le retour progressif de la guerre enflamme à nouveau la ligne de front.

Ce n’est cependant pas ces événements écrits dans les larmes et le sang que je veux retenir et évoquée ici de cette deuxième année passée au milieu du peuple russe de la Novorossiya, mais de cette vague de manifestations chantées appelées « flash-mobs », et qui a fleurit spontanément dans l’ensemble du monde russe depuis le 13 novembre 2016.

En effet, depuis les territoires occupés par l’armée ukrainienne, jusqu’à la diaspora russe du Canada, en passant par la Russie, cette mère-patrie politique, culturelle et spirituelle qui unit les russes du monde entier autour d’une même flamme résistante aux vents de l’Histoire, des hommes et des femmes se sont levés en chantant pour montrer haut et fort et d’une manière pacifique leur volonté de défendre leur identité russe.

Car le chant populaire, avant qu’il ne devienne dans la décadence occidentale un produit de consommation éphémère et vide de sens d’une « société du spectacle » amorale, est l’expression élevée de l’identité d’un peuple. Dans le travail, les fêtes laïques ou religieuses, les cérémonies, la guerre ou l’amour, les chants traditionnels accompagnent les Hommes dans leurs chemins de vie, individuels ou communautaires, et souvent ils deviennent les étendards de leurs identités comme en témoignent les chants historiques, des contestations populaires jusqu’aux hymnes nationaux... 

A l’issue du coup d’état du Maïdan en février 2014, le nouveau gouvernement installé à Kiev par les officines mondialistes de Washington et Bruxelles, s’attaque immédiatement à l’identité russe qui pourtant est un pilier fondateur de l’Ukraine. Dès les premières semaines, le pouvoir ukrainien nationaliste et ethnocentré veut marquer son europhilie fanatique par une russophobie délirante dont la croisade lancée contre la langue russe va mettre le feu aux poudres et entraîner l’Ukraine vers son éclatement et la guerre dans le Donbass.

Si on peut soumettre le corps il en est autrement de l’esprit qui lui est libre comme l’oiseau et profond comme les racines de l’Histoire à partir desquelles il prend son envol. Depuis plus de 2 ans les populations russophones d’Ukraine sont sous la bottes de forces de sécurité aux ordres d’un totalitarisme surgit des égouts de l’Histoire et qui ostracise leur identité russe qu’il identifie à un « ennemi héréditaire » (alors qu’en réalité l’Ukraine est même au contraire le berceau de la Russie avec la « Rus de Kiev »). Ainsi, tandis que de Kiev à Odessa des paramilitaires néo-nazis défilent régulièrement aux flambeaux dans les rues, ce pouvoir halluciné sorti de la fange du Maïdan censure la langue maternelle de millions d’habitants, les œuvres culturelles russes, rebaptise les toponymes russes, interdit les livres parlant positivement de la Russie etc... 

Dans la Novorossiya (cette région russophone historique allant d’Odessa à Kharkov) le traumatisme est d’autant plus grand que la répression s’est exprimée dans le sang, du massacre d’Odessa (2 mai 2014) aux bombardements du Donbass qui continuent aujourd’hui après avoir donné naissance aux Républiques séparatistes de Donetsk et Lugansk.

Mais même dans les territoires occupés, les cœurs des femmes et des hommes menacés quotidiennement par les unités spéciales de Kiev, n’ont pas plié sous les coups du joug russophobe, et continuent même à lui opposer une résistance passive de plus en plus organisée.


Quand la poésie devient une arme de résistance


Lorsqu’on est désarmé, se lever dans un territoire occupé face à l’ignominie d’une dictature demande un courage exceptionnel qui n’a rien à envier à celui des soldats, et que d’ailleurs le même sens du devoir et l’amour de la patrie de son cœur commandent. 

Et si les chants sont à l'âme humaine ce que les fleurs sont aux racines, ils sont probablement aussi une des plus belles expressions de la résistance identitaire, un donjon du cœur où continue de brûler le feu sacré de la communauté.

Le 13 novembre 2016, sous les voûtes à l’architecture soviétique de la gare de Zaporojié, des femmes et des hommes ont réalisé ce qu’on appelle un « flash-mob », manifestation de très courte durée réalisée dans un lieu public et destinée à interpeller l’opinion. Au cours de cet événement qui allait déclencher par la suite une vague de manifestations anti-maïdan identiques à travers le monde russe, c’est la chanson populaire « Le Printemps dans la rue Zaretchnaïa » qui a été interprétée.

Cette chanson populaire pacifique, dont le thème printanier évoque l’espérance de la fin de l’hiver et l’amour du sanctuaire familial, est dans le contexte actuel des territoires russophones d’Ukraine une déclaration identitaire lancée contre l’oppresseur, à la fois par la langue utilisée, le russe, la métaphore printanière de la libération attendue, mais également le contexte historique de cette chanson qui est tirée d'un film populaire soviétique célèbre de 1956, « Le Printemps dans la rue Zaretchnaïa ».

Une semaine plus tard, Kharkov prenait le relais, puis Odessa, la ville martyre qui en interprétant « La brune moldave », une chanson patriotique soviétique évoquant la résistance au nazisme ne laissait plus de doute quant au message adressé à travers ces flash-mobs (https://youtu.be/fhzNI75E5l4).

Le flambeau de cette résistance chantée a depuis été repris dans des dizaines d’autres villes de Novorossiya occupé, des Républiques de Donetsk et Lugansk, de Russie, de Belarus, de Serbie... mais aussi par la diaspora russe en Italie, au Canada etc... Ces chants sont populaires, sans âge et sans ride, transmis de génération en génération le plus souvent oralement au sein des familles ou des corporations. Issus des répertoires traditionnels ou patriotiques ils sont chantés le plus souvent en russe mais aussi comme à Saint-Pétersbourg en ukrainien, ou biélorusse pour signifier l’authentique diversité de l’identité slave. Ils évoquent ce qu’écrit Vladimir Fédorovski à propos de l’âme russe : « la neige, les fêtes, l'excès, l'amour absolu... les immensités blanches bordées de bois où j'entendais les grelots des troïkas, les ruisseaux, les rivières, les clochers à bulbes; ou encore pour me remémorer la musique de Tchaïkovski », toutes ces infinies couleurs qui composent l’arc en ciel de l’identité russe...

Il serait beaucoup trop long de citer toutes ces manifestations chantées de soutien à cette Novorossiya stigmatisée et martyrisée par la dictature de Kiev, et pourtant toutes sans exceptions sont admirables par le seul fait qu’elles sont les chants d’amour d’une âme contre la fureur des armes. 

La réaction des dictatures de la pensée unique en Occident et à Kiev ne s’est pas fait attendre : censure sur les réseaux Youtube, et même agression physique des femmes et des hommes chantant dans leurs rues (comme à Komsomolsk en Ukraine, le 13 décembre), mais toutefois sans jamais entamer la dynamique exponentielle du mouvement, car lorsque la poésie devient « une arme de combat » pour reprendre l’expression du chilien Alejandro Espinoza, elle devient alors invincible et brise non seulement toutes les chaînes de l’oppression mais également l’oubli du temps...

A toutes les époques de l’Histoire humaine, la poésie a certainement était le mode préféré des hommes pour décrire leur vision du monde, leurs sentiments et leurs espérances, et la Novorossiya, cette terre historique réveillée par l’impératrice Catherine 2 n’échappe pas à la noblesse de cette tradition, et je peux témoigner que sa rébellion contre la dictature mondialiste portée par Kiev est vécue comme un poème épique entraînant les femmes et les hommes du Donbass à défendre leur Liberté mais aussi les valeurs universelles qui sauvent l’Humanité d’une perdition contre nature .

Et comme disait le poète franco-sénégalais Léopold Sedar Senghor, « le poème n’est accompli que s’il se fait chant » et comme pour les sentiments qu’il véhicule, il transcende aussi le combat qu’il illustre et emmène....

Aussi, je partagerai en conclusion cette chanson choisie le 3 janvier 2017 par des citoyens de Donetsk et interprétée au Nord de la cité rebelle, dans cette gare, symbole de la reliance entre les hommes et qui fut bombardée plusieurs fois pendant cette guerre insensée à caractère génocidaire lancée contre les russes d’Ukraine. La vidéo commence par des extraits des bombardements subis dans ce quartier en 2014-2015 (vidéo Youtube : https://youtu.be/0ofITvthCYQ).

Cette chanson patriotique qui est connue également sous le titre de « Flamme éternelle » illustre beaucoup mieux que je ne saurai le faire les sentiments de ce peuple héroïque dont les défenseurs, depuis le lointain passé jusqu’à aujourd’hui tombent anonyme et glorieux pour défendre cette terre sacrée. 


« Aux héros d'antan »

Il ne reste rien des héros d'antan.

Ou parfois des noms.

Ceux qui ont sacrifié leur vie,

Sont devenu seulement des cendres et de la poussière,

Seul leur courage formidable

Reste résolu dans le cœur des vivants

Cette flamme éternelle a été léguée

Pour nous seulement

Et nous allons la garder dans nos cœurs.


Regardez mes soldats,

Le monde entier se souvient de leurs visages.

Ici se trouvait un bataillon aligné

Je peux reconnaître à nouveau mes vieux amis.

Les moments difficiles qu'ils ont dû passer.

Bien qu'ils n'eussent que vingt-cinq ans (ou moins)

Ils étaient ceux qui, avec des baïonnettes dans leurs mains,

Soudés comme une seule entité.

Ceux qui ont pris Berlin.


Il n'y a pas une famille en Russie,

qui n'a pas le souvenir de ses héros.

Et les yeux de jeunes soldats

Regardez nous depuis les photos fanées

Ils nous regardent, et c'est comme la Haute Cour

Pour les gars qui grandissent maintenant.

Et les garçons ne peuvent pas mentir. Ils ne peuvent pas tromper

Et ils n'ont aucun moyen de se détourner.


Sous les décombres du mémorial de Saur Moghila, bombardé en 2014, les héros se relèvent éternellement dans le cœur de leurs enfants


Ainsi que le rappelait récemment l’écrivain franco-russe Andreï Makine lors de son discours de réception à l’académie française, en citant le général De Gaulle : « Maintenant que la bassesse déferle, ces soldats regardent la terre sans rougir et le ciel sans blêmir ! »


Au moment où je finis ces lignes, le canon ukrainien résonne à nouveau à l’horizon du quartier d’Oktyabrsky où j’habite, pitoyable et impuissant aboiement de haine mais qui ne pourra jamais couvrir les chants victorieux défendant la liberté d’un peuple et « que la révolte traverse comme une flamme » comme l’évoquait le poète haïtien Paul Laraque...


E.C.


Références :


Plusieurs flash-mobs réalisés pendant la fin de l’année 2016, le lien ici : http://alawata-rebellion.blogspot.com/search/label/Flash-mob


Concernant la chanson a Zaporojié « Le printemps dans la rue Zaretchnaïa», le lien ici : http://alawata-rebellion.blogspot.com/2016/11/chants-de-lame-contre-bruit-des-armes.html


Concernant la chanson à Donetsk « la Flamme éternelle », le lien ici : http://alawata-rebellion.blogspot.com/2016/12/la-flamme-eternelle.html 


Et la compilation de tous les flash-mobs publiés, sur le réseau social VK, ici : https://vk.com/public134501386

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